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LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD se trouve dans la page: La Seybouse,
Les dix derniers Numéros :
23 , 24 ,
25 , 26 ,
27 , 28 ,
29 , 30 ,
31 , 32 ,
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EDITO
L'EDUCATION PAR INTERNET ?
La vigilance, la réaction et l'explication jouent un rôle déterminant dans la sauvegarde de la mémoire et le respect de la vérité sur la présence française et européenne pendant les 132 ans en Algérie.
Mais c'est avant tout la diffusion et l'éducation du public métropolitain, mondial et aussi Pieds-Noirs qui permettront un changement en profondeur :
- des mentalités qui nous font toujours passer pour des colons faisant suer le burnous ;
- des comportements rétrogrades et racistes à notre égard ;
- des pertes de mémoire des français délivrés par nos pères et grands pères ;
- des excuses non fondées qui font dire que c'est du passé et qu'il faut oublier, dont s'entourent les frileux, les aveugles et les " mal-disant " dont beaucoup sont de notre communauté ;
- et des lois relatives à nos communautés que nous composent tous les gouvernements sans tenir compte des réalités.
Les conférences et les manifestations culturelles organisées avec soin par des associations de Pieds-Noirs contribuent à développer un savoir de notre histoire, mais cela reste toujours dans le cadre restreint d'adhérents ou de convaincus.
La veillée du 16 août 2004 à Saint-Raphaël en a apporté une preuve irréfutable de la méconnaissance de notre histoire par notre communauté en entendant l'évocation de 132 ans de présence française au travers des phrases célèbres présentée comme une saga par le Cercle Algérianiste local.
En attendant et malgré les progrès fait par les associations dans ce domaine, le niveau de la connaissance est encore inacceptable.
Le travail qui reste à accomplir est immense, il doit porter en priorité sur l'éducation des jeunes, sur le changement de comportement des générations supérieures avec une réelle prise de conscience sur l'information du grand public avec la manifestation de toutes les vérités.
Déjà certaines associations ont compris ce problème et c'est pourquoi elles nous permettent de reprendre leurs articles.
Ensemble, nous pouvons y parvenir avec l'outil INTERNET, grâce à tous les sites Pieds-Noirs et leurs diffusions sans limites.
Jean Pierre Bartolini A tchao.
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| Regrets
de Mme Vve Paul CIANFARANI (Batna)
Envoyé par M. Gabriel Chaudet
Paru sur la Revue "Trait d'Union" N°48 | |
Dernier Premier Octobre... déjà bien trop lointain
Qui ne reviendra plus pour ma joie et ma peine,
Pour mon désir d'aimer et l'immense besoin
De vous revoir encor lorsque l'heure s'égrène...
Ma classe ensoleillée dans le matin tout clair,
Ma ruche bourdonnante et tous ces jolis yeux,
Grands ouverts pour moi, pour s'instruire et me plaire
Par un labeur ardent, dans un élan joyeux !
Vous tous, petits repus, beaux enfants de notables,
Bien vêtus, bien nourris, tout emplis d'espérance,
Et vous, chers petits gueux, sans foyer et sans tables,
Pauvres déshérités, compagnons de souffrance...
L'hiver, vous vous chauffiez au poêle qui ronronne,
Tendiez vos mains bleuies vers les flammes dorées
Et le jour s'enfuyait, riant ou monotone,
Vos têtes s'inclinaient sur la page, affairées...
J'oubliais près de vous la nostalgie de vivre,
Le mai et la douleur et les menus soucis...
Nous avions un ami commun... C'était le livre,
Les pages s'éclairaient et chassaient nos ennuis !
O vous qui m'écoutiez et vous tous qui m'aimiez,
Gardez mon souvenir, un peu de cette flamme
Dont je vous réchauffais, sans détour, sans compter,
Gardez-la pieusement tout au fond de votre âme !
Souvenez-vous de moi qui, très faible et vieillie,
M'éteindrai un beau soir entourée de prières...
J'aurai glané ici le meilleur de la vie,
Possédé l'Infini en versant la Lumière !
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LE DESTIN FATAL DE LA STATUE THIERS DE BÔNE
Le premier Président de la troisième République se nommait Adolphe THIERS, un inconnu pour la plupart des Bônois. Toutefois, les hommes politiques de Bône n'ignoraient pas que THIERS avait servi tous les régimes depuis 1815 et qu'il avait exercé une très brutale répression contre les insurgés de la Commune de Paris en 1871. La célébrité de THIERS connut son apogée en 1877 lorsque GAMBETTA, à la tribune de l'Assemblée, le consacra " libérateur du territoire ". Grâce à l'habileté de sa politique, THIERS avait en effet obtenu une plus prompte évacuation du territoire français par les armées allemandes. Dès lors, THIERS entrait dans la galerie des grands hommes d'Etat français. Sa mort, survenue brusquement le 3 septembre 1877, plongea la France dans la consternation.
Près d'un million de Parisiens participèrent à ses funérailles .
C'est dans ce contexte émotionnel que des Alsaciens-Lorrains installés à Bône émirent l'idée d'un monument en hommage au " libérateur du territoire ". Un très estimé entrepreneur de peinture, Emile BRISSET, proposa de financer l'érection d'une statue à l'extrémité des Allées, appelées pour l'occasion Cours National avant de devenir trente ans plus tard le célèbre Cours Bertagna. Ainsi, la ville de Bône pouvait s'enorgueillir d'avoir le plus long cours du monde puisqu'il avait effectivement un THIERS de plus que les autres. Mais comme THIERS avait une petite taille, on disposa sa statue sur un majestueux socle fabriqué en granit d'Herbillon. Du haut de son piédestal, le petit Président dominait, posant sa main gauche sur sa hanche tandis que l'index de sa main droite indiquait la direction du port. Pour de nombreux Bônois , cette imposante statue était une énigme car aucune plaque n'avait été scellée pour indiquer le nom de l'homme de bronze et, de surcroît, l'inconnu du Cours Bertagna perdait toute sa solennité les jours de pluie lorsqu'on le regardait de la troisième arcade du Palais Calvin, au niveau de la devanture du magasin du photographe Roblédo. Son index à hauteur du bas-ventre ressemblait à un appareil génito-urinaire atteint d'une incontinence à haut débit. Notre Adolphe THIERS pouvait être comparé au Manneken-Pis de Bruxelles mais en plus vieux et plus habillé.
Un jour de juillet 1962, au cours duquel Bône changea de nom,. les nouveaux maîtres de la ville prièrent les Français d'emporter dans leur bagages cette statue qui n'avait plus sa place dans un pays indépendant de la France. C'est donc tout naturellement vers Marseille, ville natale de THIERS, que la statue fut acheminée. Mais les autorités municipales de l'époque refusèrent de l'accueillir, menaçant de la jeter à la mer si elle débarquait sur le vieux port. La statue fut alors dirigée vers Paris pour être entreposée dans les jardins du Sénat jusqu'au jour où un élu la remarqua et proposa au Conseil Général de la Vienne de l'ériger sur une place de la charmante commune de Saint-Savin. Les habitants de cette ville, n'ayant jamais tenu à rendre hommage à THIERS, se sont contentés d'hériter d'un bonhomme verdâtre dont l'identité était ignorée à l'époque de son arrivée sur la place.
De nos jours la présence de cette statue est loin de faire l'unanimité dans cette ville où ce Monsieur THIERS est surtout connu pour la cruelle répression qu'il exerça sur le peuple de Paris lors de l'insurrection de 1871. Aussi, la municipalité de Saint-Savin refuse-t-elle de réparer le petit socle sur lequel repose la statue, le majestueux piédestal de granit étant resté à Annaba. La statue est donc vouée à un effondrement fatal qui mettra un point final à son histoire…à moins que, découvrant son côté humoristique un jour de pluie, un syndicat d'initiative décide d'exploiter ce filon touristique en l'aménageant en Manneken-pis local.
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La statue THIERS à Saint-Savin
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| PAUL PANTALONI DIT LE CAPITAINE FRACASSE
N° 1 de Janvier 1950
de M. D. GIOVACCHINI Envoyé par sa fille
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Supporter du demi-sénateur TUCCI
Après avoir erré, pendant toute sa jeunesse, dans les impasses qui foisonnent au centre de Marseille, de la rue du Poids de la Farine à la rue Haxo, il jeta sa gourme bienheureuse à l'hôpital de la Conception. Le hasard banal lui tint lieu de Providence. Cela lui valut, après marché conclu, sa venue à BONE et ses premiers succès à TEBESSA où, présenté par les patrons du KOUIF, il fut facilement élu Conseiller Général et Délégué Financier.
Dominique NOCETI, qui avait au moins un comportement physique agréable, avait obtenu de THOMSON la grâce tutélaire qui devait permettre au jeune aventurier marseillais, d'infester par la suite, BÔNE et son hinterland.
C'est que les dents du jeune requin poussèrent vite. Le bistouri et les assurances ! ne suffisaient certes pas à satisfaire son féroce appétit. Et le voilà aussitôt, se dressant contre son bienfaiteur, commettant ainsi un véritable parricide.
Je revois encore à la réunion publique organisée an Théâtre Municipal, le vieux THOMSON, dressé de toute sa taille majestueuse, infligée dans un ultime effort, une cinglante leçon de morale humaine à l'usurpateur.
Ah ! il faisait piètre figure, ce soir-là, M. PANTALONI. Sa morgue n'était plus qu'humilité, et ses partisans, cependant fanatisés, avaient, un instant, compris qu'on leur faisait commettre une mauvaise action.
Battu une première fois, il le fut encore ensuite par Joseph SERDA, qui avait groupé autour de lui les amis du grand Républicain.
Les caprices du suffrage universel lui valurent l'accès de l'Hôtel de Ville. Et, à la place de l'honnête PETROLACCI, le jeune fauve allait pouvoir utiliser ses mâchoires à plein rendement.
La Maison Municipale devInt une Maison hantée. Elle offre aujourd'hui un lamentable spectacle. La moitié de ses hôtes livre une guerre sournoise à l'autre moitié; les passe-droits sont la règle du jeu; le Secrétaire Général torpille la besogne du " Chef de Cabinet ! " et inversement. A chaque veille d'élection seulement on daigne recevoir avec bonnes manières le populo taillable et corvéable à merci.
Et le Conseil Municipal ! Mieux vaut ne pas en parler ! Un manteau "Arlequin, comme le l'ai dit par ailleurs. Une douzaine de braves gens y font escorte à de pauvres types en livrée, ne connaissant qu'un mot du vocabulaire : Oui.
" Docteur, vous pouvez prendre trente-trois cireurs, votre liste sera élue " avait dit le fidèle Auguste Salemme au Patron, qui opinait du bonnet, flatté plutôt qu'indigné de tel propos.
N'ayant pas la vocation du métier de larbin, je dus abandonner l'équipe à laquelle on fit avaliser TUCCI et autres couleuvres.
On le qualifia de grand Maire. Les petits profiteurs qui gravitaient autour de lui amplifièrent la Légende.
Mais la majorité des Bônois comprend chaque jour davantage que l'estomac de leur Maire tenait plus de place que l'Esprit réalisateur.
Interrogez le premier passant venu. Demandez-lui s'il considère PANTALONI comme un honnête homme. Il vous sera Inévitablement répondu par un silence ou un sourire éloquent qui signifie : Non.
Les plus grands thuriféraires disent : " S'il profite - le mot est trivial mais usuel, ? il n'est pas seul ". Lamentable raison qui ne peut qu'attrister des citoyens refusant d'accepter la corruption comme règle normale de la vie.
Que l'on explique comment et par quels moyens M. PANTALONI peut parler, de sa mine en Tunisie et de son domaine en Corse, avec tant de fierté ! Je promets à ses comptables une part de mes actions de la " Lorraine " ! s'ils parviennent à résoudre cette question, qu'il me plairait d'évoquer même devant des juges.
" Il se débrouille " murmurent ses séides pour lesquels le mot " Honte " signifie " Vertu ".
Répondez, vils flatteurs, vous, qui, du lever au coucher du soleil, critiquez, vilipendez, moralisez à rebours gouvernants et gouvernés ?
Votre embarras est grand tout simplement parce que vous ressemblez au vilain que vous n'osez défendre qu'à mi-voix.
Examinez l'idole sous toutes Ses faces. Aucune ne présente un aspect recommandable.
Débutant sous les auspices du KOUIIF, il empruntera aussitôt l'étiquette de Socialiste-Indépendant ! mais pour quelques jours seulement.
Choisissant ensuite comme cible, la TABACOOP, il jura de les sortIr, (SERDA, MUNCK, SAUNIER) de leur " antre ". Le contraire se réalisa. Aujourd'hui, il est à la merci de la moindre chiquenaude de MUNCK qui, comme Louis XI, s'amuse de son prisonnier en cage.
Opportuniste, il devint Franc-maçon, puis se mit en " sommeil " et pour gagner le Purgatoire, devient aujourd'hui le modeste et combien sincère serviteur de Sainte-Mère-Église !
Mais la tâche originelle l'a marqué. Et les faux chrétiens qui bêlent autour de lui, seront marqués d'une indélébile flétrissure.
Toutes les idées sont respectables, mais il n'en eut jamais une seule, sauf celle de la fatuité et de la cupidité.
Après avoir lâché tous ses bienfaiteurs - et Gratien FAURE fut le dernier en date - il se vautra dans l'auge de TUCCI pour quelques dahlias dorés,
Par pitié pour lui, je vous fais grâce, amis lecteurs du " Résistant " qui " rendit glorieusement les armes ". De cela et d'autres choses, nous en reparlerons.
Député, i! n'est jamais ou presque à l'Assemblée : parfois il la visite en touriste. La journée, quand Il y pénètre, se passe à flairer la combine ou à encombrer la salle des Pas Perdus, en narrant qu'à Bône, quoi qu'il fasse les foules le suivent et l'adorent.
Lisez le " Journal Officiel ", vous ne trouverez aucune, trace des interventions du Député de Bône. MUET EN SEANCE, MUET EN COMMISSION.
Il prit cependant la parole une fois. C'était au sujet de son Invalidation : Il lui était impossible de faire autrement. Pâle et la voix étouffée, il put enfin lire les quelques feuillets qu'il avait péniblement préparés trois mois durant.
René MAYER tient une grande place au Parlement. On entend parler d'AUGARDE au moins tous les six mois. BORRA accomplit son devoir avec conscience et assiduité.
MAIS PANTALONI... INCONNU AU PALAIS BOURBON.
La Chambre des Députés est cependant la meilleure école où les Députés les moins avertis peuvent se perfectionner, dans tous les domaines.
Si PANTALONI était à la Chambre pendant 20 ans, il n'apprendrait jamais à parler avec quelque distinction, ni même à écrire convenablement. Ses passions sont ailleurs.
Quand il s'amuse à commettre un fatras indigeste, on le voit abuser de cette fausse science qui se donne des apparences de technicité. BUSSUTIL même ne s'extasiera plus devant Saint-Paul l'Orgueilleux !
Il y a des années qu'il n'a pas lu un journal, ni un livre. Son goût par contre, est très prononcé pour les cours de la Bourse, et le fonctionnement des Sociétés Financières.
Prêtez quelque attention aux rares réponses qu'il reçoit des Ministres ou des Services Administratifs: ce ne sont que des accusés de réception polis, sanctionnant, son manque total de créance. partout où il risque de s'adresser.
Parler de PANTALONI au Gouvernement Général ou dans les divers Ministères, c'est parler, tout simplement, d'UN MAL ELEVE, D'UN ORGUEILLEUX, D'UN INDESIRABLE.
A BONE seulement, il a pu trouver audience auprès d'un clan important par le nombre et le fanatisme.
Mais, ce même clan s'amenuise chaque jour, et les yeux les plus fermés finissent par s'ouvrir.
Déjà, IL PARTIT UNE FOIS, PENAUD ET CONFUS. De nouveau, il REPARTIRA, maudit par ceux-là même qui lui servaient de gardes du corps dans les réunions publiques où, ne sachant que bafouiller, il insultait ses adversaires et ses contradicteurs.
Si vous avez une crise d'ennui, émoustillez sa suffisance et écoutez le narrer ses exploits : " Celui-ci, je l'ai pulvérisé du regard; celui-là tremblait de peur dès qu'il m'a vu; au troisième, j'ai fracassé les côtes " etc., etc.. Et il ajoute avec la douceur qui caractérise sa personne ventrue et adipeuse : " MUNCK est gaga; Henri ALOI égale zéro! René MAYER n'a qu'à bien se tenir; NAEGELEN et MOCH sont finis ", etc.
Rassurez-vous, amis lecteurs, les hâbleurs n'ont jamais été courageux. Et tous ceux qu'il a occis se, portent bien. CE N'EST QU'UN TARTARIN DE COULOIRS. Il lut un temps où Il intimidait des poltrons; aujourd'hui la baudruche est dégonflée.
En toute objectivité, savourez, aimables lecteurs, la plus hilarante des mésaventures qui déshonore et ridiculise l'idole.
Après les élections législatives et avant la discussion de sa validation, M. PANTALONI rencontra BORRA au Palais Bourbon.
Le plus ignare des pantalonistes, envisageant cet évènement avec un léger sentiment de joie sauvage, était convaincu que le " Patron " allait écraser sous, son abdomen velu te chétif Député Socialiste.
Au contraire, s'avançant vers lui, la main tendue, IL SE VIT GRATIFIER DE CETTE REPONSE QUI CLAQUA SUR SA FIGURE COMME LA PLUS CINGLANTE DES GIFLES : " JE NE SERRE PAS LA MAIN D'UN HOMME COMME VOUS ".
Le lion édenté ne plastronna pas. Il se tint col. Mais jamais il ne raconta qu'il fut la risée des parlementaires, prévenus !
On se demande comment, et par quelle aberration, tant de gens l'ont considéré comme un homme courageux, alors qu'il ne fût, en réalité, et qu'il n'est, qu'un symbole de toupet cynique et de fanfaronnade spectaculaire.
L'encens des fidèles l'avait grisé. Aujourd'hui, l'animal est blessé dans sa fatuité. Il ne pourra plus dire à CONSTANTINE, à ALGER ou à PARIS, que les Bônois sont " sa propriété ".
Le soir du 20 mars, devant un résultat si déprimant, il s'engouffra dans son auguste logis, embelli aux frais du contribuable en proie à une divine colère. Cela rappelait Aggripine et Néron.
Comme un éclair, l'idée lui vint de brûler BONE, tant la brise de liberté qui avait soulevé l'âme de si nombreux concitoyens, lui apparaissait intolérable.
Après avoir mâchonné, toute la nuit, d'innombrables cigares qui encombrèrent, le lendemain, la rue du Quatre Septembre, il se ravisa et décida de convoquer son Conseil Municipal aussitôt, avant que la nuit suivante ne peupla encore son sommeil de cauchemars.
Et voici nos édiles, se précipitant essoufflés, au rendez-vous.
" Garde à vous ! leur cria-t-il, de sa voix nasillarde. Beaucoup d'entre vous mont fait le coup du père Français. BUSSUTIL a tiraillé dans la bande à coups de bottes de navets, HELIE a mis dans l'urne un bulletin " WHITE ou rien ", VIRICEL des grains de sorgho, NATAF un chant de vendetta corse, GUILLEMIN une maxime de fidélité à la manière de Maurice SCHUMANN, etc. Dès demain, je demanderai la démission du Conseil Municipal ".
Quelle douche, mes aïeux ! Le frisson du néant passa dans les veines glacées de ces enfants de chœur, qui se voyaient déjà privés de leur cierge blanc et de leur ostensoir.
Avec une unanimité touchante, ils jurèrent au Patron amour et fidélité. " Sur Saint-Sauveur " ne nous abandonnez pas ", dit Mme RAMELLA. " Et ma voiture, y pensez-vous ? " ajouta BUSSUTIL. " Et ma carte de visite, surenchérit GUILLEMiN, que deviendra-t-elle ? " etc...
Le spectacle était émouvant et grotesque à la fois. Oh ! quelle fine plume pourrait à jamais décrire, pour humble postérité bônoise, la figure ravagée par la douleur, et les yeux si pleins de larmes de ces aimables petits hommes, encore terrifiés par la férule du Maître !
Au nom de tous, NATAF, après avoir agréé les plus plates excuses du Patron et lu, dans la nuit l'Evangile qu'ALOI lui avait présenté, jura que tous seraient présents au combat dès le lendemain, en tenue de service, bottés, casqués, et alimentés en munitions de l'arsenal.. TUCCI.
L'Idole, triomphant, les "trouva en effet à l'aube, se multipliant autour des bureaux de vote, avec des allures de bannetons et de mouches du coche.
Le brave Docteur ANDREA, et une douzaine d'autres, firent bien la grimace en avalant la pilule, Mais la farce était jouée.
N'importe ! " Le vase est brisé, n'y touchez pas ". La popularité de l'Idole est ternie. Il a beau bercer de boniments ceux qu'il daigne recevoir enfin ! et promettre aux sportifs ou à d'autres d'enfoncer des portes ouvertes, rien n'y fera plus.
Et Il le sait. Après fortune faite, Il partira. " Maintenant que je les ai faits, qu'ils viennent me les prendre ", dira-t-il en style des Prés-Salés, quand, de la passerelle du bateau, IL JETTERA AUX BONOIS COMME UN DEFI, LE SEUL CRI DE SON COEUR - " JE VOUS AI EUS, TAS DE CONCOMBRES ".
Et, entre nous, il n'aura pas en tout à fait tort. Les Bônois, qui l'ont suivi aveuglément auraient dû, depuis longtemps, comprendre leur erreur.
Anatole FRANCE avait déjà dit " les hommes ont les gouvernements qu'ils méritent ".
Je ne l'ai jamais aimé. Mais à l'heure où la prépondérance française dans cette Algérie que nous voulons défendre était menacée, oubliant tout ce qui pouvait désunir, le devoir nous commandait d'être présents, aux côtés de tous les bons Français.
Quand l'incendie menace, on ne regarde pas la couleur des gens qui font la chaîne.
Mais une déception, et la plus décourageante, allait encore altérer les meilleures volontés.
C'est lui qui imposa, aussitôt après d'une façon désinvolte, le P.P.A. BENOTMANE, comme troisième Adjoint, à la grande stupéfaction des nouveaux promus.
C'est lui qui, plein de mansuétude, collabore allègrement avec ceux qui, chaque jour, prennent des attitudes anti-françaises.
LES SEPARATISTES NE FONT PAS MIEUX. CE N'ETAIT PAS LA PEINE, ASSUREMENT, DE COMBATTRE LES COMMUNISTES, POUR FAIRE COMME EUX, ET PIRE.
Ces derniers puisaient, au moins, leurs raisons dans une idéologie contestable, mais qu'ils pouvaient invoquer, pour justifier leur attitude.
Mais les PANTALONI, et autres élus dont nous reparlerons, ONT PRIS UNE BIEN LOURDE RESPONSABILITE DEVANT L'AVENIR DE L'ALGERIE FRANÇAISE.
LES EVENEMENTS QUI POURRAIENT SURVENIR, LES ACCABLERONT D'UNE IMPLACABLE HONTE !
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| Ça qu'on vous a pas dit … !
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Christian AGIUS N° 18 le Maltais de la route de Bugeaud, y ramasse dans les poubelles de luxe… ma, tombe de ses morts, c'est la franche vérité !!!
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L'école suisse IMD elle a classé la France 30ième du monde pour la compétitivité. Les 3 premiers y sont les Etats-Unis, Singapour et le Canada, ac devant elle l'Allemagne (21ième), le Royaume uni (22ième) et le Canada (23ième). Rreusement qu'on s'a battu l'Italie : 51ème……
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La moitié de l'aide enternationale au Cambodge elle a été détournée comme la Seybouse, ma vers les banques suisses et pas vers Joannonvile…
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22500 zorros par mois, pluss voyages payés, pluss 3574 zorros pour viister culturellement le monde, pluss les prestations des secrétaires, et…………..pluss si affinité !!!
Diocane, on comprend mieux pourquoi y se battent comme les chiens affamés à Galoufa pour se faire élire….
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La Chine elle fait pas le cinéma, ma y commence a nous faire rire jaune : 40% des portables du monde made in China ; 38% des téléphones portables…
Rien y 3 ans…
Comme y disait l'autre, " …comme y zont beaucoup pluss de pieds qu'on a de tafanars "………….
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L'évêque Gaillot ( ???????????????????) y vient de déclarer : " le mariage homosexuel me parait aujourd'hui la reconnaissance d'un droit. Faire appel à l'ordre naturel est devenu un combat d'arrière garde ".
Y doit s'y connaître dans les combats d'arrière garde……
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Pour le même travail tu payes en Chine 61 cents à l'heure : 16 dollars chez les Américains : tia tout compris…
Les frites congelées elles ont été baptisées " légumes frais " par le ministère américain de l'agriculture.
Bientôt le ketchup " complément nutritionnel vitaminé… "…
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Diocane, on sait jamais comment la chkoumoune y gatse elle peut tourner : les ministres du gouvernement irakien " libre ", ceux-là qui se lavent le cul tous les matins au coca-cola, y zont pris leurs précautions : celui d'la communication il a une maison dedans le Massachusetts ; celui de l'industrie dans le Connecticut…etc… On sait jamais, fils !..
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Mandela !!! Quel exemple pour la jeunesse qui………………………………………ignore, tête de ma mère, qui se fait payer 1 million de dollars pour avoir sa photo avec lui…
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Si tu veux saoir comment une compagnie de chemin de fer elle marche bien, tu fais le rapport du nombre de personnes transportées par an à celui-là du nombre d'agents d'la compagnie.
Au Japon, un agent y transporte 50872 par an.
En France…………………………..4847 !!!
Essplication : les Français y préfèrent le camion et pit-être le bourricot…
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La baffoune elle arrive : le trou d'la sœur il est venu tout noir : je vas rentrer mes poules…
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LE PLUSSE DES KAOULADES BÔNOISES (21)
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QUÉ MATCH !... DIOCAMADONE
Y a quèques jours de ça, t'y avais à la télé un purée de match comme jamais t'y a vu, c'est pas qu'il était beau à oir non ! c'est pas qu'y avait d'la castagne, non plus ! Mais attends, mieur j't'esplique à cause que même pour moi, c'est un p'tit peu compliqué. Oilà, dessur le terrain t'y avais deux équipes et j'entends d'ici les tchoutches qu'y disent comme ça, que c'est normal mais si que je donne ces détails, c'est pour ceux-là là qui connaissent pas le fot-balle pasque, comme on dit chez nous z'aut' dans toutes les rédactions, t'y as une introduction et si que t'y as pas compris, c'est comme ça que moi, je m'introduis en dedans du sujet.
Ces deux équipes que j'te parle, t'y en avais une qu'elle était en bleu et l'aut', bessif elle était en blanc et parole avec quèques années en errière tu te s'rais cru en dedans les tribunes du stade Pantaloni et pas n'importe lequel des stades Pantaloni, çui-là là de Bône et ça j'le jure dessur la vie d'mes morts. Dessur le gazon, que pour une fois il était vert bien-bien, pour moi, t'y avais le derby ASB-JBAC et moi, tu m'connais, tout de suite avec les blancs j'étais à cause que plus Baciste que moi, tu meurs. En dedans ces tribunes que j'te parle, y avait un monde fou mais un monde qu'y sait pas encourager à preuve, personne il avait un saucisson pour le promettre à l'aut' équipe. Les jeunes y savent plus vivre leur sport.
Tout de suite, le ton il a été donné comme y dit l'aut'. A la 27ème minute, la JBAC elle te marque un purée de but mais moi seulement j'ai crié " il y est. " La JBAC, c'est les blancs et avant la fin de la 1ère mi-temps tu ois pas qu'elle en marque un aut' et pour ceux-là qu'y savent pas compter, ça fait deux à zéro mais ça que moi j'l'ai pas compris c'est que chaque fois que la JBAC elle marque, le public, ce badiguel, il est pas content, à saouar pourquoi.
En dedans des joueurs y en a, qu'y z'ont compris la leçon de l'entraîneur qu'y leur a toujours dit : " tire fort et en l'air, mon fils, et t'y auras ta place en première " sauf un ou deux qu'eux, y tiraient en dedans les camps où que le goal des bleus le pauv', un pich le long que je sais pas pourquoi y s 'appelle Le p'tit zi, y s'a, comme une gamatte, encaissé deux buts et ça, comme j'l'ai déjà dit, pendant la 1ère mi-temps qu'elle a fini comme elle a commencé par un coup de siffet de l'arbite.
La 2ème mi-temps, rien à dire pasque j'peux pas m'affoguer une macaronade et regarder en même temps la télé pasque mon fils, une bonne macaronade en dedans ton assiette c'est aussi un spectaque. Donc, 2ème mi-temps, rien à dire à part peut-ête qu'y a eu un 3ème but encore marqué par la JBAC.........et c'est à ce moment que mon fils qu'y rentre du travail y se prend une colère, tout rouge il a venu comme si qu'il avait la jaunisse ; c'est pas l'ASB qu'y me dit, c'est pas la JBAC non plus, les bleus c'est les parisiens, les blancs c'est les anglais ça qu'y fait au bout du compte que les français y z'ont perdu chez eux, qué caplates !...
En dedans tout ça, laisse que moi j'me trompe, que je crois que l'ASB et la JBAC c'est encore possibe mais les français qu'y disent à leurs adversaires " Messieurs les anglais tirez les premiers " ça, c'est impardonnabe surtout qu'y z'ont été incapabes de provoquer un p'tit pénaty pour, au moins sauver l'honneur.
Rachid HABBACHI
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| L'ECOLE EPURATION ETHNIQUE ?
Le Poète anonyme...
Envoyé par M. Gabriel Chaudet
Paru sur la Revue "Trait d'Union" N°43
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J'étais un enseignant,
pendant plus de vingt ans
j'ai consacré mon temps
aux enfants musulmans.
J'éveillais leur conscience,
et j'avais pour mission
leur assimilation
aux valeurs de la France.
J'en avais la fierté
car l'école initie
à la démocratie
et à la liberté.
Combien de malheureux
par la suite asservis
ont rêvé de la vie
que je voulais pour eux ?
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Qui jadis dénonçait
l'épuration ethnique
expulsant de l'Afrique
un million de français ?
Fuyant l'enfer des bombes
de l'islam conquérant,
en long cortège errant
loin des lieux de leurs tombes.
Qui fut reconnaissant
de leur levée en masse
pour libérer l'Alsace
au prix de tant de sang ?
Oubliés par l'histoire,
et souvent dénigrés
les pieds-noirs émigrés
n'ont plus que leur mémoire...
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LA RUE SADI CARNOT( N° 10)
de Gabriel Belmonte
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| "La Rue Sadi Carnot" est un livre écrit sur son lit d'hopital par M. Gabriel Belmonte, pour ses amis Pieds-Noirs.
Cette histoire de la "Rue Sadi Carnot" nous est offerte par Mme Eliane Belmonte née Donadieu. Nous la suivrons par épisodes sur "la Seybouse".
Je mentionne que cette publication est sans but lucratif, qu'elle peut être reprise par les associations ou sites Pieds-Noirs à la condition impérative que les publications se fassent de façon absolument gratuite, sans même 1 euro symbolique, tel que le souhaitait M. Gabriel Belmonte.
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Les élections à Bône
Une élection est une élection me direz-vous ! Non pas tout à fait comme ailleurs à Bône. Oh beaucoup de villes ont leurs particularités, c'est connu, mais à Bône c'était unique, il faut le reconnaître.
Les colleurs d'affiches, les meetings, les réunions dans les bistrots étaient à peu près identiques à ceux des autres villes.
Mais il fallait voir le soir après la proclamation des résultats. Vous vous rappelez sûrement de quelques figures notoires comme messieurs Fadda, Pantaloni, Giovacchini, Borra, etc., etc.
Donc, le dépouillement connu, une imposante bande de partisans de l'heureux élu, défilait dans les rues de la ville et plus particulièrement dans les rues de la Colonne en criant des slogans favorables à l'élu et défavorables au vaincu, slogans parfois durs pour ce dernier ! exemple :
"Giovacchini qui gagne qui gagne,
"Giovacchini qui gagnera (bis)
"A bas Fadda ! A bas !
"Ce qu'il nous faut ici
"C'est le Docteur Pantaloni !
"Ce qu'il nous faut par là,
"C'est le Député-Maire Borra".
Mais, tous ces slogans étaient appuyés par certains supporters qui tenaient en main des courges démesurément longues et sèches qui avaient été gardées dans les greniers spécialement à cette intention.
Ces courges tenues à bout de bras battaient verticalement la mesure au rythme des slogans tels que parfois :
"Saucisson ! .... pour Fadda" (bis et ter) pendant toute la durée du parcours.
Savez-vous l'origine du nom de ces courges longues qu'on appelait en français des "caratuiles". Pourquoi "caratuiles" : ce mot vient de l'arabe "SCHCARA TUIL" qui veut dire "sac long".
Ces défilés mettaient de l'animation et souvent partisans et adversaires s'invectivaient rudement en jargon Bônois.
Tout le monde se rappellera bien ces moments mémorables.
Procession de la Fête Dieu
Tous les ans, les jeudis de la Fête Dieu donnaient lieu à une grande procession qui partait de l'Eglise Sainte-Anne et y retournait en passant par la rue Sadi Carnot et l'avenue Garibaldi. Participaient a cette procession une multitude de gens tels que: les Enfants de Marie", les enfants de chœur suivant le prêtre abrité sous un dais tenu par quatre messieurs, d'autres brandissaient une bannière, certains messieurs portaient la statue de la Vierge et tout le monde chantait avec foi et recueillement:
"Loué
"Soit à tout instant Jésus au "Saint Sacrement" Loué soit
"A tout instant .... etc.
A distance régulière, la procession s'arrêtait devant un reposoir que certains fidèles avaient érigé en s'appliquant de leur mieux, des prières étaient dites à cet endroit, puis la procession reprenait son chemin.
Ces processions ont marqué toute notre jeunesse. Après le récit de ces différentes manifestations, je reprends la description de certains commerces qui faisaient suite à la maison Graziani.
Suite de la rue Sadi Carnot - côté ouest
Attenante à la maison Graziani, se trouvait une épicerie où nous allions souvent acheter ce que l'époque l'on appelait à des bonbons haricots, petits pois, petits salés sans compter les caramels Champion à deux pour un sou et les grosses fraises rouges en sucre avec quelques feuilles vertes. Tous les enfants connaissaient bien cette épicerie au dessus de laquelle habitaient monsieur et madame Fuard instituteur et institutrice de l'école Sadi Carnot.
Quelques maisons m'échappent mais, après celle-ci existait le "Bar des Amis" où la très joviale madame Valéro servait l'anisette et autres apéritifs aux attitrés dont mon père faisait partie lorsqu'il était libre.
Je revois encore la bonhomie et le sourire de cette brave dame.
Suivait ensuite une boulangerie où, comme chez monsieur Martinelli, les ménagères allaient tous les ans faire cuire leurs gâteaux de Pâques.
Puis l'échoppe de monsieur Valéro, bourrelier, chez qui nous faisions réparer nos cartables, nos ceintures et autres objets de cuir. Lui aussi était une figure bien connue de la rue Sadi Carnot.
Ensuite la maison Caruana dont les filles dirigeaient l'ouvroir des Enfants de Marie et le Patronage. Beaucoup de gens doivent se souvenir de la statue encastrée à hauteur du premier étage de cette maison et qui démontrait la piété de cette famille.
Je vais maintenant passer sous silence certains petits commerces qui suivaient cette partie de la rue et nous en arrivons à la maison Mariani, magnifique maison de maître qui faisait face à l'appartement de la "Grande Germaine" dont je vous ai promis de parler dans un de mes chapitres précédents.
Afin de terminer sur une note humoristique, je vais essayer de vous rapporter une conversation tenue par deux Colonoises :
Ma fille, tu sais que je marie ma nièce dans une semaine, et je ne trouve pas un chapeau à me mettre, j'ai fait tous les magasins de la ville et je ne sais plus à quel saint m'adresser.
Réponse de la dame
Ti as pas été chez "Jean la Fille" (la Grande Germaine) il fait des merveilles. D'accord tu sais bien, il m'impressionne un peu par ses attitudes féminines, mais quels doigts d'or ; moi je sais que toute ma famille va chez lui.
Et bien, ma fille, tu me donnes un bon conseil, j'y pensais pas et j'y cours de suite.
En effet, tout le monde s'accordait à dire que le goût très sûr de la "Grande Germaine" n'était pas une légende.
Peut-être certains se souviennent de la façon avec laquelle à la Toussaint, il décorait le caveau de sa mère, que beaucoup de personnes ne manquaient pas d'aller admirer.
Lui aussi fut une figure mémorable de la rue si chère à notre cœur.
Là, je vais arrêter mon récit que tous ceux dont je n'ai pas cité le nom veuillent bien m'excuser. Il s'est passé tant de temps depuis !….
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A SUIVRE
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Madame, Monsieur,
Chers Amis,
Nous avons créé le site «L'écho des français d'AFN» destiné à intégrer la sphère médiatique.
Nous sommes persuadés que ce peut être un moyen pour défendre notre mémoire et montrer que notre communauté est bien vivante, pour ainsi s'ouvrir vers l'extérieur au lieu de rester entre nous avec nos revues quasi confidentielles lues par des convaincus qui n'ont plus besoin de l'être.
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Nous voulons donc propager nos infos et nos rabias en partant du principe qu'un coup de gueule n'est jamais perdu quand il est relayé par un moyen de diffusion adéquat.
Nous soumettrons des éléments de réflexion sur des points qui nous paraissent incompris parce que mal expliqués ou déformés.
Conformément à l'optique de nombres de nos compatriotes, nous sommes convaincus que l'union est le seul moyen de faire changer la situation dans laquelle nous nous trouvons.
C'est une tâche de longue haleine qui doit être poursuivie avec la plus grande détermination.
Nous traiterons les informations reçues dès l'instant qu'elles seront sérieuses et utiles à notre peuple.
Nous ne voulons écarter personne ni supplanter aucun moyen d'expression PN. Au contraire, nous voulons faire connaître nos associations et organes d'information communautaires et en donner l'accès du plus grand nombre.
Aux esprits chagrins qui pensent que c'est encore un site de plus, nous ne répondrons rien.
Personne ne détient toute la vérité, mais l'heure n'est plus à la polémique stérile, ni aux objections négatives.
Notre but c'est «Faire savoir» et pour paraphraser, «Servir et non se servir».
Jean Pierre Bartolini Bertrand Bouret Antoine Martinez
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| LES NOUVELLES D'ANTAN
| LA SEYBOUSE JOURNAL DE BÔNE
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Samedi 12 octobre 1861 - N° 841
Envoyé par Pierre LATKOWSKI
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EXTRAITS du Journal
Par Dagand
DE LA NOUVELLE VILLE.
Les pluies ont peine à se décider à venir; elles viendront cependant, et, selon toute probabilité, elles seront abondantes cet hiver. Que deviendra-t-on dans la nouvelle ville, quand l'eau aura rempli les trous qui tiennent encore la place des rues? Ce seront de véritables cloaques. - Faudra-t-il alors prendre des mesures d'urgence pour assainir la ville elle-même , comme on a assaini la petite plaine ?
Si le plan des rues n'était pas définitivement arrêté, nous comprendrions qu'on dût retarder jusqu'à l'approbation ministérielle les travaux indispensables à la salubrité et à la circulation, mais il n'en est pas ainsi. Le plan est fait et approuvé. Les alignements sont à la disposition de chacun des propriétaires intéressés à la question. Beaucoup ont déjà construit; des capitaux importants ont déjà été dépensés en bâtisses à l'ouest de la ville; il y a vis-à-vis d'eux engagement moral de seconder leur bonne volonté.
On comprendrait encore à la rigueur les délais qu'on apporte à l'achèvement des rues, si la ville était pauvre. Mais d'abord l'expropriation des terrains ne lui coûtera rien, pour les rues du moins; car la plus-value des terrains laissés aux propriétaires compensera largement le prix des terrains nécessaires aux voies publiques.
Qu'est-ce donc qui arrêterait la ville? La dépense des égouts, des remblais, du pavage?
Grâce à Dieu, notre ville est riche ; notre commerce va toujours augmentant; les droits perçus sur nos marchés donnent chaque année un excédant de budget plus que suffisant pour ces indispensables travaux.
En les exécutant promptement, on servira tous les intérêts, ceux de la santé publique qu'un marais aussi intime peut compromettre; ceux des constructeurs qui ont mis là leurs économies, et enfin un intérêt supérieur encore peut-être à ceux-là, quoi que ce ne soit pas le premier qui se présente à l'esprit, l'intérêt de notre avenir comme préfecture.
Nous ne le savons que trop, Bône ne tient pas le premier rang dans les bonnes grâces administratives. Nous ne devons pas compter sur des faveurs; mais, en dépit de toutes les froideurs, il faudra bien qu'on s'occupe de nous, si nous nous en occupons nous-mêmes intelligemment et activement.
Les voyageurs qui nous visitent, on le sait et nous l'avons déjà consigné ici, sont émerveillés des progrès de Bône, lorsqu'ils les comparent avec l'état stationnaire ou de décroissance de la plupart des autres villes. Ce sont autant de voix qui, rentrées en France, nous prônent et appellent l'attention sur nous.
Que sera-ce lorsqu'on aura terminé les voies publiques de notre ville neuve, lorsqu'au lieu de ces sables mouvants qui calomnient le Sahara, de ces fondrières qui rappellent l'ancienne route de Dréan et même encore une partie de celle de Philippeville, on verra des rues bien faites n'attendant plus que le travail privé pour doubler l'étendue de la cité? - Et le travail privé ne se fera pas attendre. - C'est alors qu'on comprendra ce dont nous sommes capables, ce qu'on peut attendre de nous. - Et qui sait? - Notre préfecture viendra-t-elle s'asseoir d'elle-même au bout de l'une de ces rues nouvelles?
DAGAND.
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Les arts et la France viennent de faire une grande perte. L'artiste célèbre auquel nous devons les belles peintures du musée impérial, de la bibliothèque du Louvre, de Saint-Sulpice, de Saint-Roch, les magnifiques grisailles de la Bourse, M. Abel de Pujol, est mort le 27, à l'âge de soixante-dix-huit ans.
Enfant du Nord, né à Valenciennes, sorti de l'obscurité, il ne dut qu'à lui-même son talent, les distinctions dont il fut honoré pendant sa longue et laborieuse carrière. Il était membre de l'Institut de France, officier de la Légion d'honneur. Cette mort a causé une profonde émotion dans le monde des arts; M. Abel de Pujol y était aussi aimé qu'estimé.
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CHRONIQUE LOCALE.
D'UN TRIBUNAL DE COMMERCE. - Le nombre des affaires continue à augmenter, et, malgré toute la diligence que nos magistrats y apportent, le rôle se charge et s'arrière de plus en plus.
Il n'y a qu'un remède à ce fâcheux état de choses, l'institution à Bône d'un tribunal consulaire.
Voici, jusqu'au 1er octobre courant, le mouvement approximatif de notre marché aux céréales. Il a été vendu : blé, 92.562 hectolitres; orge, 87.182 hectolitres.
Cet immense trafic, joint aux autres négoces et, aux sources de prospérité qui naissent de notre sol fécond, enfante de nombreuses affaires. De là la nécessité que nous signalons.
- On nous écrit de La Calle :
" Dimanche, un enfant de quatre ans, qui jouait sur le quai avec ses camarades, est tombé à la mer, et le vent prenant dans sa robe l'a poussé rapidement au large.
"Aucun des nombreux spectateurs de cet accident n'osait se dévouer, lorsque le factionnaire de la douane, le nommé Tisseyre, attiré par le bruit, s'empara d'un canot et rama vigoureusement vers le petit infortuné qui allait périr, faute de secours. Ce douanier, voyant qu'il n'avançait pas assez vite, se jeta à la mer tout habillé, saisit l'enfant au moment où il allait disparaître sous l'eau et l'arracha à une mort certaine.
"Ce n'est pas la première fois que le sieur Tisseyre accomplit des actes semblables. Il paraît qu'en d'autres circonstances il a exposé ses jours pour sauver quatre personnes, et que sa modestie l'a empêché de faire constater ces traits de dévouement qui l'honorent. "
- L'adjudication des travaux d'achèvement de la douane de Djidjelli, primitivement fixée au 17 de ce mois, est renvoyée au 21. (Communiqué.) Pour la chronique locale : DAGAND.
- Nous avons reçu de Penthièvre une lettre d'une de nos anciennes connaissances, Constant Chéret, aujourd'hui soldat au 3ème Zouaves. Il parait qu'il emploie quelques jours de permission, qu'il a obtenus, à pourchasser les lions. - Peut-être devrions-nous analyser et prendre à notre compte l'anecdote qu'il nous raconte; mais sa lettre est si simple, si naturelle, que nous aimons mieux la citer textuellement ; la voici :
" Penthièvre, 10 octobre 1861.
Monsieur,
" Si votre estimable journal daigne toujours s'intéresser à moi, voici l'aventure qui m'est arrivée dans la nuit du 8 au 9. Je m'étais rendu au Rocher du lion, sur les renseignements du nommé Boun-El-Baïs, oukaf de la tribu d'Aïn-Mokhra. Le soir de mon arrivée, je m'assis sur la même pierre d'où le 13 juin 1859 j'avais tué un lion.
"Vers le coucher du soleil, je me mis à imiter le cri de la chèvre croyant que ça devait attirer celui que j'attendais; mais ce fut en vain. La nuit venue, je descendis prendre ma nourriture chez des charbonniers italiens qui m'avaient reçu dans leur tente. Ensuite je me rendis à une fontaine que je connais depuis longtemps pour être fréquentée par le lion, surtout à cette époque où les eaux sont rares. Je restai blotti près de cette source jusqu'à onze heures environ. Comme le temps menaçait d'un orage et qu'il devenait impossible de tirer, je partis. Il y avait environ six minutes que je marchais le long d'un petit sentier, lorsque tout à coup, en tournant ce sentier, je me trouvai nez à nez avec le lion, à le toucher, avec ma carabine qui était chargée d'un coup à balle cylindro-conique, et de l'autre à balle explosible. Je ne saurais vous dépeindre, Monsieur l'émotion que j'ai éprouvée alors. Toujours est-il que j'ai fait deux pas en arrière et que j'ai tiré sans même ajuster. Je ne voyais pas même mes canons.
" Le lion tomba, et moi me souciant peu de lui tenir compagnie à une pareille heure, avec un temps aussi noir, je disparus dans les broussailles. Quand j'eus fait environ vingt pas, j'écoutai et je crus entendre comme un cri plaintif. Je me mis de nouveau en marche avec la plus grande précaution afin de ne pas me faire entendre. À mon avivée chez les charbonniers, je reconnus que dans ma précipitation, j'avais tiré le coup à balle franche, ce dont je ne fus pas très satisfait. Mais il faut savoir que j'étais un peu ému.
" Le lendemain, m'étant rendu sur les lieux, je ne trouvai que du sang qui rougissait le sol et les branches.
" Je le suivis pendant une assez longue distance; mais la terre étant sèche et dure, lorsque le sang a disparu, il m'a été impossible de découvrir aucune trace.
" Voilà, monsieur, le résultat de dix nuits passées aux montagnes de la Mâouna et partout où j'ai cru rencontrer ma proie. Mais je ne désespère pas d'avoir ma revanche avant l'expiration de ma permission.
" Agréez, etc.
Constant CHÉRET.
Pour la chronique locale : DAGAND.
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Pour consulter, le N° 841 de la Seybouse du 24 août 1861
CLIQUER ICI
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COMMUNIQUE De M. Fred ARTZ
Gérant Bénévole
DU JOURNAL PIEDS-NOIRS MAGAZINE
A nos lecteurs et à nos amis
INVITATION A POURSUIVRE AVEC NOUS LE CHEMIN "PIEDS NOIRS D'HIER et D'AUJOURD'HUI" c'est entre nos mains
Créé, voici bientôt 15 ans, il a succombé après une rude bataille, malgré l'aide de ses lecteurs, aux vicissitudes propres à toute vie d'une entreprise mais aussi aux difficultés de faire entendre notre Histoire particulière qui dérange.
Après deux ans d'interruption, il a reparu : A VOUS DE LE FAIRE DURER.
Par la volonté d'un groupe d'amis Pieds-Noirs, depuis toujours engagés dans la défense de notre communauté, nous ferons connaître NOTRE HISTOIRE dans toute sa vérité et défendrons nos droits de citoyens de ce pays. Notre indépendance politique, ethnique ou religieuse en est la garantie.
Privés de radio et interdits de télévision, nous afficherons nos messages et nous attendons de nos abonnés qu'ils les fassent entendre partout où ils seront. Nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Trop de personnalités en activité ont intérêt à escamoter les forfaitures qui ont été commises.
Relancé par une nouvelle équipe, notre magazine, votre média reste ouvert à tous ceux qui souhaitent y apporter leur contribution en détenant des parts sociales de sa SARL "Les Editions du Grand Sud", ou en occupant une place de rédacteur, d'auteur ou de témoin dans notre combat.
Ressorti sous ce titre et dans la version qui étaient connus, il évoluera, autant que nécessaire, pour répondre à l'attente de notre communauté dont nos frères Harkis sont partie intégrante.
Une place est prévue à l'Histoire et une autre à L'Actualité qui tiendra lieu de Droit de Réponse ou d'avis. Dès le numéro de décembre, il a pu faire connaître d'une même voix ce que chacun s'emploie à crier dans son coin et à sa manière : Le Cri (site Internet) qui est un bel exemple de démarche commune pourrait alors être le relais Web de cette entreprise.
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NOUS DEVONS REUSSIR pour donner une image respectable et forte de notre communauté à nos détracteurs, au pouvoir politique, et demain à nos enfants et petits-enfants.
La rédaction
Fred ARTZ.
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BÔNE.. TU TE RAPPELLES
Par M. JEAN PERONI
envoyé par M. Roger SABATON -- N° 4
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"Je me presse de rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer. "
BEAUMARCHAIS
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L'ELOQUENCE BONOISE A LE COU SOLIDE
Le Ministre des Armées a décerné la croix de la Légion d'Honneur au médecin capitaine Jean Catelli. Cette insigne distinction, les Corses la prennent aussitôt à leur compte et offrent un apéritif à leur compatriote. Les coupes vides de champagne, la parole est au président. Documenté au préalable sur la carrière militaire du Dr Castelli, il n'éprouve aucun mal à en tirer des arguments de louanges et de félicitations : premier discours.
Deuxième discours, tout naturel, les remerciements du récipiendaire, chaleureux, émus, émouvants. Deux laïus, ce doit être suffisant.
Eh bien non. Se lève le commandant Tebib, député 2ème collège. Il a rendu de précieux services aux Corses ; notamment à l'occasion des départs en vacances, il leur a obtenu un bateau supplémentaire en direction de l'Ile. Reconnaissante, l'Amicale en a fait un membre d'honneur.
Donc le commandant Tebib se lève et tient, en forme de préambule, à peu près ce langage :
"Je ne pensais pas prendre la parole. J'en ressens brusquement le besoin. Hélas, je n'ai rien préparé. Vous m'excuserez si je suis court".
Et le commandant Tebib de tenir le crachoir pendant plus d'un quart d'heure. C'est gentil, ce qu'il dit, c'est aimable, et la preuve d'un excellent sentiment. Mais, Diable, pour l'auditoire en désarroi, un cordial serrement de mains eût traduit aussi bien les bonnes intentions du fougueux orateur.
Qu'eût-ce été, Commandant Tebib, si, poussé par votre générosité, vous aviez préparé quelque chose à l'avance ? Ah si la Grande Muette vous avez entendu, elle à qui jusqu'au quatrième galon vous avez donné le meilleur de vous-même ? Vous n'y manquiez de vos dix jours d'arrêt.
Dire que Verlaine écrivit un soir : " Prends l'éloquence et tords lui son cou".
Et pourtant c'est si bon de parler devant un aréopage silencieux
Ainsi à la Chambre de Commerce, quand le président Pancrazi reçoit un ministre ou quelqu'autre importante personnalité, en plusieurs pages dactylographiées recto verso, il lui raconte ce qui a été fait, ce qu'on est entrain de faire, ce qu'on est prêt à faire, ce qu'on fera demain et ce qu'on projette de faire. Ceci dit, il dresse le bilan des besoins, la nomenclature des desiderata, la table des matières des urgences.
Le Ministre inéluctablement répond qu'il connaît l'esprit d'entreprise de l'Assemblée Consulaire, la somme des efforts qu'elle dépense, la nécessité de lui prêter main forte. En bref le Gouvernement est décidé à la soutenir au maximum.
Las, bien souvent le gouvernement n'en a pas le temps, venant d'être mis en minorité. Qu'à cela ne tienne : le nouveau ministère envoie à Bône un nouveau ministre. Le président Pancrazi expose avec la même ardeur et la même foi les mêmes doléances ; et le nouveau ministre de témoigner avec la même intention bienveillante tout l'intérêt qu'il porte aux Consuls Commerciaux.
La Chambre de Commerce, Dieu merci, est généreuse. A tous ceux qui ont sagement écouté, approuvé, applaudi, elle offre, c'est la coutume, une substantielle collation bien fournie en champagne et en petits fours.
Arrive parfois un intermède comique qui déride l'auditoire.
M. Brune, vétérinaire de profession et ministre des télécommunications par la grâce de la vox populi, s'apprête à inaugurer la liaison radiophonique Palais Consulaire ? chalutiers de pêche.
Entre les 3 milles qui séparent le représentant de la France et la radio du "Santa Maria" s'engage la conversation.
Le ministre : "Qu'on ait mis à la disposition de la flottille du port un moyen de liaison aussi efficace est une bonne chose".
Le radio : . . . . . .
Le ministre : "Une grande facilité vous est donnée pour connaître les variations météorologiques en cours de pêche. De votre côté vous pourez communiquer, avant d'entrée au port, la qualité et la quantité de vos prises. Est?ce que vous m'entendez ? Répondez.
Le radio : "Je vous entends, Monsieur le Ministre, mais je vous trouve quand même un peu faiblard."
Tandis que l'assistance s'efforce de garder son sérieux, le ministre pourchasser toute confusion explique : "c'est de la communication qu'il s'agit."
Las ! le marin-pêcheur était de mauvaise augure : huit jours plus tard le ministre devait démissionner.
La verve fut particulièrement abondante lors de la remise de la rosette d'officier du Mérite Maritime au chef-pilote Torraval. Huit discours, pas un de plus, pas un de moins. Le délégué des pilotes, un ; le commandant du port, deux ; l'administrateur principal de l'Inscription Maritime, trois ; l'adjoint au maire, quatre ; le président de l'Assemblée Consulaire, cinq ; l'amiral Marec, six ; l'administrateur général de l'Inscription Maritime, sept ; le récipiendaire, huit.
Bravo, Messieurs les invités ! Pour ce qui est du courage, vous en fûtes dotés copieusement. Vous étiez submergés par ce flot d'éloquence et vous n'avez pas péri noyés. Vous bûtes la coupe jusqu'à la lie, sans broncher. Comme on aimerait en de pareille circonstance être affublé d'une incontinence d'urine qui vous donne l'excuse d'une sortie ! Mais sortir, par où ? N'aurait pu s'ouvrir qu'une seule porte, et elle était bloquée par les tables et les chaises.
Vous restait néanmoins une petite distraction : compter les feuillets qui se trémousseient entre les mains de l'orateur. Et vous Pouviez vous dire : encore trois, encore deux, encore une ; ouf, c'est fini. Fini pour celui-là. Sans rémission un autre orateur prenait la place vide pour effeuiller d'autres feuillets.
Soyons honnête : l'auditoire du Conseil Général vécut de bons moments à écouter parler. Dans ce séminaire de l'économie régionale, la synthaxe était respectée, le verbe choisi, la diction ponctuée. Du beau langage, en vérité ! Certes, les Conseillers réservaient leur meilleur numéro pour la séance plénière ; ils pouvaient se permettre d'être longs, les places réservées au public étant nombreuses et confortables.
Le talent de ces messieurs prenait des formes variées ; leur vocabulaire, enrichi par de solides études secondaires, manifestait son éclectisme au fil des sessions. Il leur arrivait même d'assortir leurs périodes du subjonctifs imparfaits et de citations latines.
Battesti, pour faire honneur à un bachot math-élèm., se spécialisa dans les chiffres; il fut l'éternel rapporteur du budget et recueillit maints compliments des préfets en siège.
Burgat manifesta un faible pour l'économique ; il avait le geste élégant et la voix bien timbrée, de sorte qu'il jonglait avec les arpents de terre, les exploitations forestières et les échanges commerciaux sans jamais lasser.
Bertagna faisait du charme dans les plaidoyers pro domo avec l'intention d'enrichir toujours un peu plus sa circonscription de Mondovi. Aloï se réservait l'attribution des bourses scolaires. Vernède, fort de l'appui de la Tabacoop, jouait le paysan bourru pour critiquer l'administration. Jarrivet exploitait son mandat socialiste à des fins de propagande partisane.
Les mieux rompus à l'art de discourir savaient hacher leur monologue pour mieux solliciter les applaudissements qu'on ne ménageait pas, à charge de revanche.
Ainsi, ayant beaucoup dit et longtemps parlé, Monsieur le Conseiller Général approchait de la fin. On le sentait gêné : la tête était moins haute, le geste moins large, la voix moins ferme ; d'une main hésitante, il rangeait ses papiers, façon d'annoncer qu'il allait terminer. Conclure n'est pas chose aisée ; une chute manquée risque de rendre vaine la plus belle plaidoirie.
Tacitement l'accord se fit sur une formule unique : "Messieurs, j'en ai terminé." C'était simple, facile à retenir, et à la portée de tout un chacun.
Mais dans ce Saint des Saints, le fin des fins revenait à Fadda. Bi-docteur, en droit et en lettres, André Fadda se permettait des liaisons périlleuses que n'aurait osées aucun autre collègue : tous ses verbes à la troisième personne du pluriel accrochaient sans difficulté leur " T " final à la voyelle suivante. A croire qu'il était né sur la Cannebière
Et quel débit ! Un robinet ouvert sur le tonneau des Danaïdes. Ou alors un torrent qui descend des montagnes en courant, ralentit, musarde dans un pré pour reprendre son souffle, repart de plus belle, chute d'un à?pic et se heurte aux galets, vagabonde en méandres, file à toute allure, redevient docile avant de basculer en cascade, se fait tout petit pour franchir un goulet, s'enfle à nouveau, accélère et repart.
Jusqu'où ?
C'était le seul reproche qu'aurait mérité cet orateur?né : jusqu'où ? Mais la période avait si fière allure qu'elle était entendue en grand repos d'esprit.
Quelle différence avec Pantaloni, sec, incisif, concis, homme d'action par excellence, qui pensait, à tort ou à raison, qu'une heure de bon travail vaut tous les beaux discours !
N'empêche qu'ils possédaient, l'un et l'autre, un point commun : tout était laissé à l'improvisation, jamais la moindre note. Leur dossier était dans la tête, non pas sur le pupître.
Et pendant ce temps-là, à quoi rêvaient nos conseillers du 2ème collège dans leur burnous rural ?
- "Qu'est-ce que c'est ? " s'exclame l'un deux, tiré de sa torpeur par un éclat de voix. "On va attaquer l'Belgique" ?
- "Non, mon cher ami, répond le président, nous allons simplement attaquer le budget".
ANCIENS COMBATTANTS ET UNITES TERRITORIALES
Chaque année à la Saint Sylvestre, M. Jean Viricel dressait son bilan. "J'ai 8 ans, j'ai 9 ans, j'ai 10 ans de présidence de l'Amicale des Sous Officiers de Réserve. Je me maintiens sans difficultés à ma place de conseiller municipal. Mon livret militaire porte témoignage de ma bonne conduite au feu. Par dessus le marché je bénéficie de l'appui de la Tabacoop et de la bénédiction de l'Evéché. Si Dieu me prête vie, je n'aurai pas longtemps à attendre pour être décoré de la Légion d'Honneur".
C'était son ambition, ce ruban rouge. Tant d'autres l'avaient eu avant lui qui le méritaient moins. Honnête citoyen, grand patriote, ardent républicain, ne réunissait-t-il pas tous les atouts dans son jeu ?
Il n'était pas le seul à briguer cette distinction. En somme la Légion d'Honneur devenait une fin en soi. Les Palmes Académiques, le Mérite Agricole, le Nicham Iftichar ! Roupie de sansonnet. Alors qu'un ruban rouge sur le revers d'une veste bleue, ça vous classait un homme.
Tant et si bien que tout un chacun finissait par croire qu'il était né pour être légionnaire, que ne pas l'être pouvait être outrageant, que seul une injustice flagrante risquait de le priver de cette décoration.
Bien sûr, il fallait s'armer de patience. Mais tout de mêmdeé sen y mettant du sien, en glanant par-ci par-là une présidence de société, le cas échéant un petit mandat électoral, voire quelques bons états de services militaires, on augmentait ses chances. Tout était bon pour enrichir le palmarès, le denier du culte, le sous des Ecoles, une aide aux Petites Soeurs des Pauvres, une participation à la cantine des Vieux. Restait à faire le siège d'un élu ; et puis attendre.
Henry Aloï, Paul Pantaloni, René Meyer en ont-ils écouté des quémandeurs !
Des trois frères Palomba, deux seulement portaient l'honorifique décoration. Le N° 1, officier d'active, l'avait gagnée sur le champ de bataille. Le N° 2 l'avait méritée pour son efficace collaboration à l'aviation civile et à Air France. Mais le N° 3 du trio fraternel n'avait à présenter qu'un mandat de conseiller municipal depuis longtemps périmé et un titre toujours valable de président des Hôteliers et Limonadiers, c'était insuffisant.
Palomba 3 fouilla dans sa mémoire et ses archives. Eureka : entre 14 et 18, sa curiosité et son bon sens lui avaient permis de découvrir un repaire de sous?marin ennemi sur les côtes constantinoises. Le fait lui revenant en mémoire, il se dit : Mieux vaut tard que jamais. Il fit donc état de cet éminent service rendu à la Patrie. Avec cinquante ans de retard on le décora de la Croix de Guerre sur le front des troupes par une belle journée de 14 juillet. Le plus dur était fait.
Jean Viricel lui aussi touchait au but avec son Amicale des S.O.R.. Las ! Une bande de Jeunes Turcs pensa qu'il avait fait son temps. Pour rajeunir les cadres, le vieux président fut crédité du titre de président honoraire et Robert Corbier prit sa place.
Bah ! il pouvait tout de même être fier des services rendus, le Père Viricel ; si bien qu'aux annuels banquets des Sous?Off, il gardait sa verve et sa pétillante façon de raconter de bonnes histoires.
Ah, ces banquets d'Anciens Combattants ! Qu'on fût artilleur ou marin, cavalier ou fantassin ; qu'on se rendit chez Borg ou chez Buttigieg, au Lavandou ou à la Grande Bleue, d'une année à l'autre, c'était toujours le même menu, mérou maillonnaise et vol-au-vent financière. Mais anisette, vin blanc, vin rouge, champagne, liqueur ingurgités en copieuses rasades vous fichaient l'âme en joie avec un rajeunissement du coeur qui tournait à la rigolade.
Comme ils étaient heureux, les vieux briscards, de faire devant les jeunes le compte de leur héroïsme ! Peut?être en rajoutaient-ils ? Mais qui aurait pu vérifier à cette distance ?
Et puis, fi de la discipline, de la hiérarchie, du protocole. De son bout de table le deuxième classe interpelait le colonel et le caporal tapait sur l'épaule de son capitaine. Et pourtant ce n'était plus des civils : entre la poire et le fromage, on reprenait du galon.
Le banquet à vrai dire démarrait lentement : l'astucieux hôtelier s'attardait sur les hors d'oeuvre, servis en abondance, coûtant moins cher que viande et poisson. Les appétits rajeunis s'en donnaient à pleines dents ou à plein dentier, selon l'âge.
Les babines en effervescence, on évoquait la caserne, les tranchées, le bourrin, le 75 et la 12/7. Au dessert, on sortait son histoire de corps de garde ou sa chanson gaillarde.
Mais brusquement s'installait le silence ; la discipline, force principale des armées, reprenait ses droits au moment où le président se levait pour le discours d'usage. Une songre Marseillaise clôturait la séance gastronomique.
Parmi les gais lurons de ces joyeuses agapes, Baby Jourdan tenait le haut du pavé. Il avait suivi avec succès les cours de perfectionnement et obtenu, en même temps que le grade d'aspirant, la possibilité de cotiser aux S.O.R. et aux O.R.. De surcroît il avait guerroyé dans l'artillerie derrière le Général de Monsabert. Il se trouvait donc tour à tour à la table des Officiers et des Sous-Officiers de réserve, de Rhin et Danube et de " La Bombe". Quatre banquets par an. Et pourtant il ne se rassasia jamais ni de mérou mayonnaise ni de vol-au-vent financière.
Il est vrai qu'il avait l'habitude de faire bonne chère. Gentil, aimable, bon vivant et bout?en?train, agréable danseur et fin diseur de bonnes histoires, il fut dix années durant garçon d'honneur de toutes les noces jusqu'à ce que, fatigué d'assister au mariage des autres, il décidât de prendre femme à son tour.
Ce qui ne l'empêcha pas de rester assidu aux solennités commémoratives. Elles se renouvelaient à dates fixes, 14 juillet, ler novembre, 11 novembre. Autour du monument aux morts de la Place Jean Bulliod, les Anciens Combattants se rendaient en foule, drapeaux déployés, toutes médailles dehors. Ils se groupaient derrière eur président, Ménella, de l'Association Générale, Ply, des officiers de réserve, Viricel, des Sous-Officiers, Bossuot, de Rhin et Danube, Testeau, de l'Etendard, Jourdan senior, des Artilleurs, l'Amiral Marec, des marins. Ils essayaient d'être pathétiques; mais chacun savait que, sans vouloir offenser la mémoire des héros morts, ces manifestations n'étaient que simple apparat.
Par contre, ils n'auraient pas manqué pour tout l'or du monde les revues militaires auxquelles les conviait le Haut Commandement.
Groupés autour de la tribune d'honneur, c'était un peu des officiels eux aussi. L'escalier du théatre municipal leur servait de piedestal, les plus petits choisissant les marches les plus hautes pour être saisis par l'objectif du photographe comme les plus grands, alignés devant. Hélas, seuls les premiers rangs avaient droit à la poignée de main du général.
Mais si d'aventure le Commandant de la garnison sollicitait leur participation effective au défilé des troupes, ils exultaient.
C'était leur fierté de pouvoir "en être" encore.
Les jeunes, ingambes, conservaient le souvenir du pas cadencé appris à la caserne, des défilés de Cassino, des parades de Rome. L'Histoire pour eux était toute fraîche. Ils passaient en bon ordre, oubliant qu'ils étaient civils, la tête droite, le bras raide, les doigts tendus.
Les vieux allaient leur petit train, réussissant à tenir la cadence devant la tribune d'honneur.
Les plus vieux suivaient comme ils pouvaient ; ils faisaient des efforts surhumains pour redresser leur dos vouté par les ans, gonfler leur buste essouflé par une marche trop rapide, allonger au rythme de la musique militaire leurs vieilles jambes usées. Le défilé s'effilochait. Mais leur débandade portait la marque de tant de bonne volonté qu'elle en devenait émouvante, poignante, pathétique. Et la foule, dans ses applaudissements, leur offrait le témoignage de son affectueuse reconnaissance, en faisant semblant d'ignorer ceux qui au premier tournant abandonnaient.
Quand furent créées les Unités Territoriales, les plus de 30 ans poussèrent un soupir de satisfaction. Désormais leur patriotisme guerrier trouvait un honorable exutoire sous l'uniforme d'U.T.. Précisément à cause de cet uniforme, ils eurent vite fait de déchanter. Vous pensez bien que l'Intendance n'allait pas faire des frais de tailleur pour des civils ; si le pantalon était trop long et la veste trop large, ils n'avaient qu'à les retailler. Epouse, mère soeurs tirèrent l'aiguille et jouèrent des ciseaux avec une patience digne d'un meilleur résultat. Les U.T. malgré ces dévouements conservèrent piètre mine. Ils préférèrent alors considérer leurs frusques comme un accoutrement indispensable à la mission à eux confiée. L'air martial qu'ils prenaient aux revues et aux défilés suffisaient à prouver leur bonne volonté.
On leur avait trouvé un chef de bataillon à la hauteur des circonstances, le commandant Primet, vieilli sous le harnais ; C'était surtout un administrateur ; il aimait les parades, les prises d'armes, les breafing. Claudicant en gants blancs, il menait sa troupe d'un pas qu'il voulait alerte, aux cérémonies militaires.
Des années durant, les U.T. poursuivirent sans désemparer leurs tâches obscures. Quand on les voyait la nuit raser les murs en file indienne ou partir à la chasse aux fellagah, on ne pouvait s'empêcher de frémir pour eux. Soldats d'occasion, certains d'entre eux surent mourir en héros.
A la longue beaucoup se lassèrent des missions sans profit dont on les chargeait ; les commerçants surtout, obligés de fdeornmteronboutique. Ils trouvèrent Serpi, le frère d'Auguste qui avait cru à la Mairie. Moyennant un substantiel pourboire, Serpi était volontaire pour tous les remplacements. Il perdit du sommeil mais sortit vainqueur du chômage.
Les U.T. eurent leur jour de gloire quand ils décidèrent d'investir la Préfecture. Leurs cadres, tous officiers de réserve, tracèrent les plans de convergence, minutèrent les itinéraires, fixèrent le jour " J " et l'heure " H " et, miracle, restèrent bouche cousue tout le temps de la préparation du complot.
Les voilà donc partis sur la pointe des pieds à l'assaut du Pouvoir ; il est 4 heures de l'après midi. Cette marche en sourdine intrigue la population.
- "Qu'est-ce que c'est ? " demande un guidam au capitaine Simon.
- "Nous allons à la Préfecture, répond l'officier bijoutier. Je vous le dis, mais gardez le secret."
Le préfet Andrieu a été alerté. La population témoigne à son égard une vive sympathie. Le seul grief qu'elle lui adresse : il représente le gouvernement.
Après avoir fait rentrer le peloton C.R.S. de service et ouvrir toutes grandes les grilles de la Préfecture, Andrieu reste seul, debout sur le perron, pour barrer la route aux légions hostiles. Il est grand, le préfet Andrieu, grand, très grand ; ses cheveux, blancs d'argent, ajoutent à la dignité de sa haute silhouette et imposent le respect.
Mais au juste que veulent les U.T. ?
Comme par hasard arrive le Général Vanuxem, fanion à deux étoiles flottant sur sa voiture : Monsieur Bons-Offices est là au bon moment... comme par hasard. Le Pouvoir Civil et le Pouvoir Militaire, en un rapide conciliabule, transigent. Sur quoi ?
Sans rien savoir de ce qui s'est passé, les U.T. rentrent à la maison rendosser leurs habits civils, déconfits comme des Parthes qui auraient perdu leurs flèches.
Ils retrouvèrent le sourire avec la bonne histoire que voici :
Une dizaine d'hommes a été chargée cette nuit-là de garder les bâtiments de l'Aéro-Club. Leur chef : un employé du service de la voirie municipal, autrefois adjudant. Après le casse-croûte du soir, on tape la belote. Tout à coup un bruit insolite. Oreille tendue, cartes hésitantes... et puis un autre bruit. Comme il se doit, tous les regards se portent sur le chef, l'adjudant communal, pendant qu'à pas de loup on récupère les armes.
Encore le même bruit, et la toile qui sépare la troupe en alerte des avions en repos frisonne sinistrement.
- "Feu à volonté", clame l'adjudant.
Un peu plus tard, quand les munitions auront été épuisées, la tente est soulevée. Combien de morts ennemis dans le hangar d'aviation ? Un seul, un tout petit chat noir, et le Stamp, le Jodel et le Piper percés comme trois passoires.
La suite au prochain Numéro,
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CONGRES DU CERCLE ALGERIANISTE
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Cercle algérianiste national
Fédération des Cercles algérianistes
B. P. 213 11102 Narbonne Cedex
Tél. 04 68 65,22 41 Fax 04 68 32 69 64
Madame, Monsieur,
Chers Amis Algérianistes,
Il y a 42 ans déjà, les Français d'Algérie étaient arrachés à la terre qui les avait vus naître et soumis au terrible drame de l'exode.
Pour nombre d'entre eux, cet arrachement s'est accompagné d'une indicible douleur, celle toujours présente, de la perte d'un être cher disparu à tout jamais dans la tourmente des dernières années de l'Algérie française.
Quarante-deux ans après le drame vécu par des milliers de nos compatriotes enlevés et assassinés en Algérie, la quête des familles des disparus, pour que la vérité soit faite et que le deuil soit opéré, n'est toujours pas achevée.
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Afin de rendre un hommage solennel à nos compatriotes disparus pendant la guerre d'Algérie et de faire oeuvre de mémoire et de fidélité, le Cercle algérianiste a décidé d'organiser parallèlement à son 31ème congrès national les 22, 23 et 24 octobre prochains à Perpignan, un grand colloque auquel participeront de très nombreuses familles de victimes d'enlèvements qui viendront témoigner, mais aussi des historiens, juristes, journalistes ou personnalités de renom qui feront état de leurs recherches ou s'exprimeront sur la fin de l'Algérie française.
Un ouvrage exceptionnel de témoignages de familles de disparus, préfacé par Hélie Denoix de Saint-Marc, président d'honneur du Cercle algérianiste, sera également rendu public.
De très nombreuses associations et personnalités de notre communauté participeront enfin à cette manifestation ouverte à tous, algérianistes ou non.
C'est la raison pour laquelle, Chers Amis, j'ai le plaisir de vous adresser aujourd'hui le programme de cette manifestation exceptionnelle en faisant appel à vous et à votre entourage pour que celle-ci, par votre présence, soit un succès et que nous puissions tous ensemble, dans la dignité, accomplir ce devoir de mémoire et de vérité.
Je vous en remercie vivement à l'avance et vous assure, Madame, Monsieur, Chers Amis Algérianistes, de mes sentiments les meilleurs.
Thierry Rolando président national du Cercle algérianiste
Association culturelle des Français d'Afrique du Nord
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Dieu qui créa le monde en six jours seulement
S'est reposé depuis le septième, un dimanche,
Et jetant la cognée après même le manche,
Il n'a rien fait d'autre, du moins pour le moment
N'ayant, peut-être, agi que par désœuvrement.
L'Etre a continué, pour son compte en revanche,
Le Seigneur, lui laissant pour cela carte blanche,
Dans son Eternité rentra jalousement
Oubliant sur terre sa Créature, l'Homme.
Aussi l'aile ouverte, Satan l'Ange déchu
Agriffa toute vie à son ongle fourchu.
A l'homme il dévoila le secret de l'atome
Pour transformer le monde en rouge brasero.
Dieu, bientôt, reprendra son ébauche à zéro.
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LA "TRANSITION"
Pour la compréhension du lecteur, il faut que je revienne quelques années en arrière, exactement le 24 mars 1947.
C'est le jour du remariage de mon père avec mademoiselle Pauline COTTES.
Je ne sais si mon lecteur y a prêté attention mais, faute d'informations, j'ai sauté une grande partie de la vie de mes parents, celle de mon père en particulier.
Passant du premier mariage de mon père en 1933 à mes souvenirs d'enfants, ébauchant à peine la naissance et le décès de ma sœur et ne parlant que très peu de la vie au quotidien de mes parents.
C'est simplement que je ne sais rien entre la date de son divorce en 1937 et 1947.
Dix ans d'amnésie, à part quelques bribes de récits, récoltés de-ci de-là, sans corrélation entre elles.
Jamais mon père ne m'a confié l'histoire de cette période de sa vie qui eut des hauts et parfois des très bas. Vous livrer ce que je sais n'amènerait à rien de très probant. J'ai appris qu'il a travaillé chez un conseiller juridique à Marseille après avoir fréquenté le milieu interlope de cette grande ville. Il ira ensuite aux Halles de Paris où il conservera certaines amitiés auprès de mandataires. Voila en vrac le résumé d'une vie décousue de 10 ans.
De retour en Algérie en 1945, après la guerre, (il servit dans le 2éme Bureau de l'Armée), il fut gérant d'un magasin d'expéditions de fruits & primeurs à STAOUELI où il était revenu.
Délaissant la gérance, il constitua avec MM. Roger COFFINET et Pierre COTTES "Ste CASTI PRIMEURS" dont le Siège Social et le magasin d'expédition se trouvaient à Castiglione. (Petite ville balnéaire à 40 Kms à l'ouest de STAOUELI
Pourquoi cette implantation, pourquoi Castiglione?
La raison première, me semble-t-il, était de donner une situation à Pierrot COTTES. Ce dernier, prisonnier des Allemands pendant la guerre et, revenant au pays, se trouva sans travail.
Cela convenait très bien à Mme COFFINET qui était née COTTES; de plus son mari, Roger COFFINET, restait le pilier de l'affaire.
Le père de Roger COFFINET, originaire de l'AUBE avait travaillé à la Trappe de STAOUELI, puis avait cultivé les terres de son épouse pour en faire, à force de ténacité et persévérance, une belle propriété. Le temps passant, il était devenu un notable et avait amassé quelques richesses.
Roger et mon père s'étaient connus en tant que militaires et une amitié durable était née.
Roger COFFINET, aimant les choses bien établies, incitait mon père à se marier avec une des filles encore célibataires de la famille COTTES.
Mon père ne disait ni oui ni non car il avait, depuis son retour à STAOUELI, beaucoup de prétendantes. J'en connus deux mais je ne suis pas sûr de la véracité du chiffre.
Roger COFFINET réussit à convaincre mon père et celui-ci épousa Mademoiselle Pauline COTTES, la plus jolie des deux sœurs, mais ce ne fut peut être pas le bon choix. Le mariage eut lieu à Castiglione, le pasteur bénit le couple et le voyage de noces eut lieu en France ce qui était une découverte pour Pauline.
Quant à moi, j'accompagnai les COFFINET qui avaient précédé les jeunes mariés. La découverte d'un nouveau pays, la France, excitait ma jeune curiosité.
Embarquement sur le "VILLE D'ALGER": le voyage dura deux jours et nous découvrîmes la vie à bord avec ses amusements, les bars et salons, les fumoirs; tout était nouveau, tout nous intéressait.
La salle de restaurant, sur un navire, est souvent un lieu de bonne restauration mais les serveurs ne présentent que les hors-d'œuvre car le balancement que prend le paquebot rend les convives souvent indisposés. Mon cousin Georges et moi n'eûmes pas à souffrir de ce mal-là et, de la table si complète au début du repas, nous restâmes les seuls attablés. Quel festin!
Le lendemain ce fut le Château d'If, avec tout ce que l'imaginaire de l'enfance peut évoquer quand on lui montre les lieux de ses romans favoris, Edmond DANTES était un ami.
Marseille, la Bonne Mère, le quai de la Joliette, où nous débarquâmes ainsi que "l'Hotchkiss." Dans cette voiture nous étions nombreux: les parents COFFINET, Andrée, Georges, Malika et moi.
Malika avait laissé tomber son voile, certainement pour mieux voir des paysages qu'elle ne verrait plus, et son étonnement était grand de visiter un pays si différent du sien.
Dès que la voiture quitta les environs de Marseille, ce fut la verdure qui nous impressionna le plus. Le vert des arbres, des prés, était plus tendre, plus abondant et reposait les yeux.
Nous mîmes deux jours pour atteindre Chambéry par la route Napoléon. Un bref séjour à l'hôtel dans la ville des 4 sans cul où nous avons écumé Georges et moi toutes les bonnes pâtisseries et nous voilà partis vers la Motte - Servolex, un petit village près de Chambéry où les COFFINET avaient loué une maison de vacances.
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Malika, Robert, Andrée, Mme Alice COFFINET, Georges, M. Roger COFFINET |
Si je m'étends quelque peu sur ce voyage, c'est qu'il fut pour moi une sorte de révélation. La France n'était plus le pays abstrait que l'on étudie dans les livres mais du réel et, pour le petit " Pieds-Noirs " que j'étais, c'était important. ( là, j'anticipe un peu car l'expression "Pied-Noirs " n'avait pas cours à l'époque).
Je dois dire aussi que ce voyage me révéla les Français.
J'avais une idée très littéraire des Français; ils étaient pour moi presque tous dans le dictionnaire et, ceux qui venaient nous rendre visite, étaient si importants que le journal relatait leur venue.
Je vis donc les descendants de Descartes, de La Fontaine vivre dans différents milieux de la société. J'en fus surpris, étonné, voire choqué. Non, tous n'étaient pas dans le Littré, non tous n'étaient pas Présidents, non tous ne parlaient pas la langue de Molière.
Juste après-guerre il y avait de la misère, de la roublardise dans leurs propos, la société française étaient "classée", beaucoup plus que chez nous. Les châteaux existaient ainsi que les châtelains et les serviteurs.
Il y avait aussi des communistes, des Cégétistes, des grévistes, des tout-en-istes.
Chez nous, pas de châteaux, pas de maladies en iste. Ces dernières n'avaient pas encore pollué l'autre rive de la Méditerranée tout comme les doryphores qui restèrent inconnus en Algérie.
C'est un jugement très partial et qui ne révèle pas la vérité mais ce fut l'impression d'un gamin de 13 ans qui découvrait autre chose que son entourage habituel.
De retour à STAOUELI, après deux longs mois passés en Savoie, nous avions beaucoup vu et beaucoup appris sur les Français.
C'est après ce voyage, que j'ai commencé à habiter chez mon père et sa femme que j'appelais "Tantine".
Nous habitions une villa que mon père avait louée, dans un quartier arabe de STAOUELI. La demeure n'était pas luxueuse mais assez spacieuse.
Elle possédait un petit bout de jardin avec un beau clémentinier.
Je couchais dans le salon sur le divan mais cela ne me gênait pas. Ce qui m'ennuyait c'était de ne pas avoir un coin à moi où j'aurais pu ranger mes affaires.
Mon père trouva une grande caisse que l'on mit dans le coin de la cuisine avec un rideau pour dissimuler mes livres, mes cahiers, mes albums et mes petites affaires. C'était là, sur un coin de la table que je faisais mes devoirs.
J'étais en 6éme à l'école communale de STAOUELI.
STAOUELIEN
Je rentrai dans la classe de M.COMPAN un jeune maître célibataire qui devait apprendre à une trentaine d'élèves d'origines différentes les rudiments de la culture française.
Les cours étaient d'une heure, parfois un peu plus longs pour les matières importantes. Nous passions, sans transition, de l'histoire naturelle à la musique et de la musique à l'anglais.
Mon intégration avec les autres élèves fut un peu difficile les premiers temps. J'étais un "nouveau", j'arrivais de la ville et surtout je venais d'un pensionnat religieux. Les instituteurs de la République n'appréciaient pas cette alternance, mais nous sortions de la guerre et beaucoup de tabous tombaient. Après quelques mois, il n'y eut plus de remarques: j'étais devenu un élève comme les autres.
De mon côté, je me trouvais isolé, mes cousins DENCAUSSE continuant à aller chez les pères jésuites. Mais cela ne dura pas très longtemps et très vite de solides amitiés se nouèrent, souvent autour de jeux.
Dans mes précédentes écoles religieuses les jeux de récréation étaient différents de ceux de mon école communale. Chaque saison en amenait de différents. Les billes pour la rentrée, la toupie pour l'hiver, les noyaux d'abricots pour le printemps. C'était un de mes préférés.
A la récré un élève formait "sa baraque de tir", traçait un trait qui délimitait l'endroit où le tireur exerçait son adresse. Les munitions étaient des noyaux d'abricots.
Que gagnait-on ? - soit des noyaux, si l'on visait les tas, soit différents objets, mis sous le tir des noyaux. Cela allait de la statuette au crayon de couleur ou à la carte postale.
Pour emporter l'objet, il fallait le faire tomber avec ... des noyaux.
Parfois nous arrivions à la maison les poches pleines de noyaux, des trésors, mais aussi avec beaucoup de trous, alors gare à la raccommodeuse....
L'été c'était la pétanque avec les plus âgés. Un seul jeu régnait toute l'année, c'était le ballon, plus exactement le foot.
Des que l'on sortait sur la place du village avec une balle pour y jouer, mon cousin et moi, par une sorte de génération spontanée surgissaient, déjà ne sais où, Arabes et Européens.
Nous formions des équipes et le match était lancé.
Cela ne finissait pas toujours par des congratulations et, quelques fois des bagarres éclataient, mêlées de chiffonniers d'où ne sortaient ni vaincus, ni vainqueurs. Pantalons et chemises revenaient à la maison dans un état lamentable et il fallait faire très attention à ne pas recevoir d'autres réprimandes des parents.
En 6éme l'école était mixte.
D'aucuns s'en réjouiront; pour moi ce fut un grand changement car je n'avais connu jusque là que des écoles de garçons.
L'atmosphère de la classe en était changée. Les filles, plus intuitives, plus douces que les garçons, comprenaient mal les jeux virils et les règlements des différends, à coups de poing, à la sortie de la classe.
Des oeillades, des bonbons, des petits cadeaux, orientaient nos sentiments juvéniles vers de petits flirts platoniques.
J'étais très réservé vis à vis des filles pour les raisons que j'ai relatées plus haut.
En classe de musique notre instituteur voulut nous faire chanter, il nous groupa en arc de cercle autour de son estrade. Rangés par ordre de taille, je me trouvais au dernier rang et nous attaquâmes la "barcarolle des Contes d'Hoffmann".
C'est à ce moment là que je sentis d'agiles petits doigts venir chatouiller mon intimité. Surpris, je fis un couac retentissant qui laissa la baguette du maître en suspend dans l'air. Foudroyé du regard, rougissant comme une pivoine, je me confondis en excuses, tandis que les autres élèves pouffaient de rire.
Et l'on repris, " Belle nuit, ô nuit d'amour,...". La musique adoucit les mœurs et j'ai toujours aimé le chant.
Je ne raconterai pas toute ma scolarité, ce serait fastidieux mais quelques anecdotes que j'espère amusantes, agrémenteront ces 5 années.
Pour rentrer en 5éme nous devions passer un examen; Dictée, Math, Anglais, tout y passait.
On avait aussi changé de Directeur et le nouveau, du genre athlète olympien, prenait son rôle très au sérieux.
Dés son arrivée, je fus un de ses préférés si j'ose dire puisque, en tant que prof de maths, il ne comprenait pas que j'additionne carottes et lapins....
Conséquence, j'eus droit à une fessée.
Cette pratique était complètement tombée dans l'oubli comme élément éducatif même à mon époque. La technique restait simple: le colosse vous prenait sous le bras et, à l'aide de sa règle, vous zébrait le postérieur, et cela devant les copains et les autres élèves. La Honte!!!
Les filles avaient droit à la même correction bien que la devise de M. DECAMP fût "Il ne faut pas battre une fille même avec une fleur mais, avec une règle, l'on peut". Il prenait avec le genre féminin quelques égards... le postérieur étant toujours dirigé vers un mur...
A part cela l'ambiance était bonne et le nouveau " Dirlo" sympathique.
Ce même M. DECAMP remplaçait au pied levé notre prof de Français quand celui-ci tombait malade.
Si l'orthographe n'était pas mon fort, j'avais de très bonnes notes en composition française comme on disait en ce temps là.
Ma récompense suprême, mon orgueil, c'était quand on lisait ma prose à toute la classe à titre d'exemple. Ce fut le cas, alors que l'on étudiait les "Caractères" de LA BRUYÈRE. J'avais fait un portrait acide mais très réaliste de la femme de mon père, avec qui, à cette époque, nos relations étaient tendues. Sûr de l'anonymat, je m'étais "lâché" et ma plume avait suivi méchamment celle de LA BRUYERE (en toute modestie).
Mais, quand M. DECAMP lut à toute la classe ce portait qui était, en fait, une caricature, ce fut un éclat de rire général. Le plus drôle, c'est que ce texte fut gardé par le prof de français et que, tous les ans, à la même époque, on le lisait aux élèves. L'intéressée l'apprit, mais j'avais quitté la maison familiale.
Je vous rappelle que nous sommes en Algérie dans les années 50, qu'il n'y a pas de sectarisme, ni dans les études ni dans le sport. La vérité est que les filles musulmanes arrêtent leurs études à partir de la puberté, que la mixité des classes supérieures n'étant pas conforme à leur religion, beaucoup de jeunes filles musulmanes y trouveront des regrets.... Pour les garçons musulmans et même ceux des autres confessions, faire des études coûte cher, et il est préférable qu'Ali, Miguel ou Fernando trouvent un bon métier et soient rémunérés comme apprentis.
C'est un raisonnement qui n'était pas spécifique à l'Algérie; encore aujourd'hui on trouve qu'il est déplorable quand il est systématique.
Tous n'ont pas suivi ce raisonnement, c'est heureux, mais nombreux sont les autres.
A ce propos, je tiens à citer mon ami Houcine AKLI, dont les parents, forts modestes, ont donné à leur fils une bonne instruction. Nous avons usé les mêmes bancs d'école, nous complétant mutuellement. Lui les maths, moi la rédaction française.
J'allais parfois lui rendre visite chez ses parents, gardiens des abattoirs de Staoueli, là bas près du cimetière. Lui venait chez moi, dans la nouvelle maison que venait d'acquérir mon père.
Nous étions amis et jamais il n'y eut d'accroc à cette amitié qui dura toute notre scolarité. Puis nos routes divergèrent et ce n'est que très récemment que j'ai revu mon ami. Sa réussite, et celle de ses enfants m'ont fait chaud au cœur et j'en suis très heureux.
Tous les "Pieds-Noirs" ont un ami musulman et le cas d'AKLI n'est pas isolé. C'est un des paradoxes qui sont nés en terre d'Algérie et qui n'expliquent pas les haines qui suivirent.
Si j'évoque ma scolarité, je dois parler basket, si je parle basket je nomme "Roger FAUTHOUX'.
- Roger FAUTHOUX est instituteur et "patos" (Français de France, venant vivre en Algérie). Quand il arrive à STAOUELI dans les années 50 il est encore célibataire.
Il supporte la trentaine avec aisance. Pas très grand, cheveux châtains peignés en brosse, ce landais à la faconde de son pays.
L'œil de verre qu'il porte rompt la symétrie de son visage pour lui donner peut être plus d'humanité.
Sous une apparente bonhomie, il comprend très vite le caractère des " Pieds-Noirs" et il sait, à l'aide d'une rhétorique subtile, faire évoluer une discussion dans le sens de son opinion.
Il est l'âme du "Staoueli Sportif' puisqu'il "monte"' dans le cadre scolaire plusieurs équipes et, à l'intérieur de la ligue de basket, des formations allant des minimes aux seniors.
Mais, avant de ne parler que de sport, je tiens à mentionner: qu'il se maria très vite avec une jolie institutrice, qu'il enseignait mes matières préférées, l'Histoire, la Géographie et le Basket .... et, entre nous, tout allait pour le mieux.
FIN DU 6éme EPISODE LA SUITE AU PROCHAIN NUMERO
Histoire écrite en l'an 2001 par Robert ANTOINE
Photographies de l'auteur
A ma femme, à mes filles
A M. et Mme Roger Fauthoux
A ceux qui m'ont aidé à retrouver une documentation perdue
M. ANTOINE nous fait l'honneur de la diffusion, par épisodes sur notre site, de ce livre de souvenirs dont le tirage est épuisé. Pour ceux qui ne voudraient pas attendre la fin du livre, il peut être réédité et vendu par l'auteur au prix de 25 Euros (hors envoi), à condition qu'il y ait une demande.
Adresse de courriel, cliquez ICI --> : M. Robert Antoine
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| ELLES SONT BIEN BÔNE
Par M. Fernand Bussutil dit OTTO BUS
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ELLES SONT BIEN BÔNE
FERNAND BUS
A tous mes Amis bônois, si douloureusement éprouvés par les événements d'Algérie et dispersés dans tous les coins de France et du Monde, avec mes affectueuses pensées.
F.B.
" FUGIT IRREPARIBILE TEMPUS "
(Virgile)
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PIQURE APHRODISIAQUE
En plus des congés annuels, nous avions à E.G.A., cinq jours de " Convenance personnelle " à prendre par journée ou par demi journée. Mais il fallait en principe donner une raison valable pour bénéficier de cet avantage.
Laurent vient me trouver au bureau : " Je voudrais une journée de convenance personnelle, "
- Pourquoi ?
" Pourquoi mon oncle y va mourir. On se lui a fait, deux piqûres de Cupidon (propidon) et ça va pas mieux "
- Permission accordée, lui dis-je en riant, l'autre d'ajouter.
" Et ça te fais rire que mon oncle y va mourir. "
ESPRIT DE CHANSONNIER
C'est une réflexion pleine d'humour et d'à propos que j'ai entendu à la Centrale électrique. C'était à l'époque où le Maréchal Tito avait rompu toutes relations avec l'U.R.S.S.
Zézé, cégétiste convaincu avait démissionné pour entrer à Force Ouvrière. Et Antoine en colère de lui dire : " T'y as fait comme Tito, t'y as tourné cosaque ".
AU TRIBUNAL
Un différent opposait un ouvrier temporaire à son employeur, la Centrale électrique. Livres de comptabilité et documents dans ma serviette, je me rendis à la Justice de Paix où j'avais été convoqué.
Une affaire passait avant la mienne, une insignifiante querelle de ménage. Après avoir entendu le mari, le Juge réclame la femme à la barre : " Jurez de dire toute la vérité, rien que la vérité, levez la main droite et dites je le jure. "
Et la brave dame levant la dextre et fixant intensément le buste de Marianne, placé au-dessus du juge, s'écrie : " Tsur la sainte Vierge qu'elle nous regarde, je jure de dire la vérité et rien que la vérité. "
Malgré leur austérité proverbiale, les juges pouffaient de rire, tandis que le public exultait.
AH ! LES BELLES BACCHANTES
Après 39-40, la drôle de guerre, je fus mobilisé sur place à l'usine. En plus de mon travail, je devais une nuit sur deux rester à la Centrale Electrique, en qualité de chauffeur. En cas d'alerte sérieuse, je grimpais dans une auto et fonçais vers la ville à la recherche de l'Ingénieur responsable. C'est à cette époque, qu'une énorme bombe est tombée à vingt mètres de la chaufferie, occasionnant des dégâts considérables sur les transfos de haute tension.
Un vieux tirailleur de première classe en retraite, moustaches en guidon de bicyclette, avait été embauché pour effectuer des rondes autour des bâtiments. Son fusil " Gras " à un coup à la bretelle, suivi d'un adorable petit chien, il rendait le plus souvent le soir, visite aux soldats anglais, qui campaient non loin de là, sur le terre-plein. Il rentrait très tard, plein comme une huître, se vautrait sur sa paillasse et s'endormait bientôt d'un profond sommeil. Quant à moi, je reposais non loin de là sur un brancard, dans un abri composé d'une grosse cheminée de réserve, en tôle et sur laquelle on avait disposé de nombreux sacs de sable.
Un beau matin, à l'aube, je trouvais mon ex tirailleur ivre mort sur sa couche, ronflant comme une toupie. Je décidais de lui jouer un tour à ma façon. Je prenais une paire de ciseaux au laboratoire et lui coupais la moustache d'un seul côté. A son réveil, complètement dégrisé, il passait sa main sur sa moustache comme pour la lisser. Sentant quelque chose d'anormal, il tirait de sa poche une petite glace ronde, s'y regardait et constatait avec stupéfaction la mutilation dont il avait été la victime. Il venait me trouver et tout naturellement m'accusait d'être l'auteur de ce méfait. Je niais farouchement, le persuadant qu'il était la victime des soldats de sa Gracieuse Majesté, avec lesquels il avait fait la veille d'amples libations. B jurait par Allah qu'il ne boirait plus avec eux, mais le soir même, la lèvre supérieure complètement rasée, le fusil à l'épaule et flanqué de son éternel roquet, il allait retrouver ses compagnons d'armes et boire à l'amitié franco-britannique.
A LA VIEILLE CENTRALE ÉLECTRIQUE
Il y avait sur le terre-plein du Quai-Sud, deux Centrales électriques. La première à la masse imposante, très moderne, avait un personnel trié sur le volet : Ouvriers et employés, relativement jeunes, expérimentés et surtout disciplinés. Par contre, l'ancienne usine d'apparence plus modeste, servait de refuge à une bande de râleurs, d'éclopés et de tireurs au flanc, qui attendaient avec une tranquille assurance, la mise à la retraite.
C'est dans cette Centrale à demi-désaffectée que j'ai terminé ma carrière à E.D.F. Faisant partie de ce menu fretin, la " matsame " comme on disait chez nous, j'avais été catapulté magasinier. Mon domaine se composait de plusieurs locaux éparpillés dans de nombreux recoins de cette vieille bâtisse. Les pièces de rechange, enrobées d'une épaisse couche de poussière, dormaient là de leur dernier sommeil. Il y avait même des éléments d'un vieux groupe électrogène (électro-indigène comme disait un collègue d'Alger), derniers vestiges d'une époque révolue. Ces pièces inutilisables et dignes de la ferraille figuraient néanmoins à l'inventaire et étaient soumises à un rigoureux contrôle. Tous les mois, un employé détaché de la direction, vérifiait fiches en main, le nombre et l'état de ces vieux rossignols. C'était d'autant plus inutile et aberrant qu'il n'y avait jamais de sortie de matériel...
Une douzaine de " poilus " français et indigènes, figurait à l'effectif de la vieille Centrale. Les sédentaires s'occupaient de l'entretien et de la propreté des locaux et machines. Les autres, les voltigeurs faisaient quelques incursions à la nouvelle usine pour accomplir toutes sortes de besognes fastidieuses et revenaient ensuite au bercail. Malgré notre mise à l'index, nous vivions des jours heureux dans une atmosphère de franche camaraderie.
LA SAINT ÊLOI
A Bône, comme chacun sait, la fête de Saint Eloi était dignement célébrée par les entreprises publiques et privées.
Pour ne pas faillir à la tradition, dès sept heures du matin, tout le personnel (ouvriers, maîtrise et cadres), en costume de ville, attendait avec impatience devant les bureaux administratifs de la nouvelle Centrale (Bône 11) l'arrivée de Saint Eloi.
Le cortège se formait à l'ancienne usine. En tête Brahim, ancien tambour du 3e R.T.A., fier comme peut l'être un tirailleur lors d'un défilé, à ses côtés Edmond Vento et Robert Magliuli excellents musiciens de la Bônoise, jouaient du clairon. Sur une chaise de fer avec accoudoirs et soudée à deux tubes d'acier, trônait Saint Eloi. Une mitre dorée, en carton, était posée sur son opulente chevelure, confectionnée avec de la filasse, tandis qu'une gandourah plus blanche que la blanche hermine et serrée à la taille par une cordelière, remplaçait l'aube de l'évêque. Faisant office d'enfant de chœur " Babaï " un soudanais du plus beau noir, tenait à la main un bidon d'eau avec un énorme poireau servant de goupillon. Suivait la bande joyeuse, qui les poches bourrées de pétards, faisait parler la poudre. Dans le tumulte assourdissant de musique et de bombes, le cortège s'ébranlait. Crosse à la main, sa mitre dodelinant à droite et à gauche le digne prélat avait de la peine à se maintenir en équilibre sur son trône porté par quatre brancardiers.
Arrivé en terre promise, en l'occurrence les bureaux de la direction, le Saint homme prenait le goupillon que lui tendait " Babaï " et d'un geste à la fois noble et large, bénissait la foule et les bâtiments. Puis toujours musique en tête, le cortège arrivait à l'atelier, terme du voyage. Sans aucun protocole, l'Ingénieur voisinait avec le balayeur et tout le monde s'installait devant les tables abondamment garnies de gâteaux, bouteilles de toutes sortes et de grandes plaques de la traditionnelle " Fougasse ".
Sur une estrade, un orchestre jouait les meilleurs morceaux de son répertoire. Après la dégustation de la pizza, les fins diseurs de bonnes histoires ainsi que les chanteurs amateurs se succédaient au micro sous les applaudissements d'un public bon enfant. Et la fête continuait toute la matinée.
La reprise du travail l'après-midi était pénible.
A la vieille Centrale, un seul homme manquait à l'appel, c'était " Babaï ", on le chercha fort longtemps pour le retrouver enfin sur un tas de charbon ; on ne voyait de lui que sa chemise et son pantalon, le reste se confondant avec le précieux combustible. Le contenu d'un bidon d'eau glacée, administré sur son visage chocolaté, ramena à la réalité cet illustre descendant de Balthazar.
UN CURIEUX COUP DE SOLEIL
J'avais un brave ouvrier indigène qui arrêtait son travail à 17 heures alors que la sirène de la nouvelle Centrale annonçait une demi-heure après la fin du boulot. Malgré mes admonestations répétées, il continuait à observer son horaire personnel, ce qui pouvait m'attirer les foudres de mes supérieurs. Il allait d'abord au W.C. puis aux vestiaires où il prenait sa douche ; il s'habillait ensuite pour être fin prêt à partir au mugissement de la sirène.
Je décidais de lui faire passer cette mauvaise habitude. Un après-midi je prenais dans son placard, la boîte en fer destinée à ses ablutions intimes, je la tapissais de " Harrissa " et attendais le résultat dans mon bureau. A 17 heures 15, je voyais arriver mon gaillard grimaçant de dou | |