Étiologie et épidémiologie

LA FIEVRE TYPHOIDE

1904
M.J CRESPIN,
Professeur à l'école de médecine d'Alger

Pendant les dix premières années qui suivirent l'arrivée des Français en Algérie, la fièvre typhoïde est extrêmement rare et cette rareté fut cause qu'on la méconnue complètement.
Ce qui devait frapper les médecins de l'armée dès leur débarquement en Afrique, c'était la malaria, qui devant les progrès de la colonisation, a reculé maintenant, aussi bien au point de vue de la fréquence des cas que la gravité de ceux-ci : la plaine de la Mitidja, dénommée autrefois le tombeau des Français, à cause des hécatombes que la malaria y produisait, est devenue une plaine verdoyante, couverte de vignobles et d'oranger, salubre en presque tous ces points . Dans tous les cas les formes de paludisme qu'on y observe sont certainement moins sévères qu'autrefois, et l'on peut prévoir le jour où la grande et redoutable pandémie de l'Afrique du Nord ne sera plus l'ennemie, souvent victorieuse, du colon français.
Or, pour qui connaît la complexité des formes du paludisme, il n'est pas douteux que beaucoup d'observateurs ont pu prendre certains cas de fièvre typhoïde pour des accès de malaria

Bougie :
La ville est bâtie sur le bord de la mer, sur le flanc sud du mont Gouaria, à une altitude de 144 m. Sa population est de 13 400 habitants, arabes, israélites, étrangers et français.
Bougie et privilégié entre toutes les villes au point de vue de la fièvre typhoïde, qui a fait peu de victimes.
C'est que l'eau d'alimentation, venant de la montagne inhabitée voisine, est excellente, et que, d'autre part, la situation de la ville donne aux égouts une pente naturelle rapide, préservant ainsi le sol de l'infection
En outre la ville est construite sur les terrains primitifs, que la fièvre typhoïde n'aimerait pas, si l'on en croit certaines théories plus anciennes.
De 1881 à 1894 ; les décès typhoïdiques atteignirent le chiffre de 7, 8, 0, 1, 2, 3, et la proportion des décès, toujours en cinq ans, atteignit seulement 2,9 % pour 10000
Rapport de la mortalité typhoïdique à la mortalité générale, zéro pour 1000.

Batna
Se situe dans une plaine immense, arrosée par de nombreuses sources, malheureusement très sujette à la sécheresse, sous un climat exposé à de grands froids et à des chaleurs excessives. La population est de 6200 habitants. Les rues sont larges, coupées à angle droit, les maisons n'ont généralement qu'un rez-de-chaussée.
De 1890 à 1894, la fièvre typhoïde a causé à Batna : 10, 14, 18, 6, 26 décès par année, alors que la mortalité générale était exprimée par les chiffres de 18, 22, 11, 18,32.
Proportion des décès par 10 000 habitants, en cinq ans égale à 25,1 ; c'est un chiffre élevé qui place Batna après Sidi-Bel Abbes (25,9) et avant Tlemcen (25).
La fièvre typhoïde a augmenté de fréquence et de gravité depuis qu'une vingtaine de mois environ. Il faut incriminer les souillures de l'eau potable. En effet, il est à remarquer que les rues les plus éprouvées sont celles de Sétif, d'Alger et du camp, alimentées par la prise d'eau qui se trouve sous le terrain de manœuvres.
Au contraire, les rues Négriers, de Bône, etc., qui emploient les eaux du puits artésien sont absolument indemnes.
Lot de terrains de manœuvre a son origine dans des drains situés à moins de 2 m au-dessous de la surface du sol.
Le premier arrêté vient se trouve situé assez loin de la (500 m) ; sa profondeur et de 107 m, l'eau est irréprochable.
Il n'y a pas égouts à Batna, mais seulement des fosses fixes, ce qui explique la souillure facile des eaux d'alimentation.

Tébessa
À 91 km de Constantine, Tébessa commande les vallées qui descendent vers le Sahara tunisien et vers le sud de la province de Constantine. Sa population est de 4.630 habitants.
Le climat est tempéré et rappelle celui de l'Europe méditerranéenne ; les eaux sont bonnes et abondantes, la principale fontaine donnant 2000 l par minute
À 150 m sud de la casbah, commence le conduit de 1 mètre 30 déblayé sur une longueur de trois cent huit, et amenant les eaux de l'Ain-Chela, dont le débit est de 50 à 60 l à la minute
La fièvre typhoïde se montre peu fréquente et peu grave dans la ville. Cela tient sans doute à l'adduction parfaite des eaux grâce à des travaux qui ont consisté simplement à restaurer d'anciens aqueducs romains, celui d'Ain el bled entre autres.

Bône.
Bône sélève au pied de l'Edough, massif montagneux, fortement raviné, avec des sources abondantes. Sa population est de 31 000 âmes.
On distingue la ville, ancienne et la nouvelle séparées par le cours national, que la mer borde à l'Est et au Sud
La ville est pourvue d'eau fraîche et abondante, captée sur les versants du mont Edough et emmagasinées dans de château d'eau situés à côté du collège, sur le point culminant de la ville, l'autre sur les Santons, non loin du nouvel hôpital civil le paludisme fait encore des ravages dans les environs de Bône, et jusque dans le quartier de la colonne. Il n'est pas rare d'observer dans ce quartier des cas de typho Malarienne.
La vallée de la Seybouse est toujours malsaine, toujours marécageuse, en dépit des améliorations qui ont été faites.
Proportion des décès typhoïdiques par rapport à la population en cinq ans : 15,1 p 10 000 habitants, ce qui n'est Bône au huitième rang dans l'ordre des villes les plus éprouvées.
Proportion des décès typhoïdiques par rapport aux décès généraux : 50,5 pour 1000.
La courbe de la mortalité typhoïdique est assez irrégulière.
1887, mortalité générale 830 mortalité typhoïdique 22
1888 mortalité générale 800 mortalité typhoïdique 30
1889 mortalité générale 1120 mortalité typhoïdique 38
1890, mortalité générale 1000 mortalité typhoïdique 48
1891, mortalité générale 1090 mortalité typhoïdique 63
1892, mortalité générale 920 mortalité typhoïdique 18.
1893, mortalité générale 180 mortalité typhoïdique 42
1894, mortalité générale 860 mortalité typhoïdique 45.
1895, mortalité générale 800 mortalité typhoïdique 12.
1896, mortalité générale 850 mortalité typhoïdiques 40
Les autorités conclurent que la fièvre typhoïde existe à l'état endémique et souvent épidémique dans la ville de Bône.

Guelma
À 244 m d'altitude, à 2 km sud de la rivière droite de la Seybouse et du djebel Mahouna, dans une plaine sans grands accidents de terrain qui descend en glacis doux, depuis les dernières limites inférieures de cette montagne jusqu'à la rivière.
La population est de 6.600 habitants
La ville est bien construite ; l'eau est excellente, aussi la fièvre typhoïde fait-elle peu de victimes :
Pour 10 000 habitants 7,5 sont morts en cinq ans de cette maladie.
Donc Guelma vient après Philippeville et Relizane dans l'ordre des villes les plus favorisées dont Bougie tient la tête. Cette ville occupe donc le sixième rang.
Proportion des décès typhoïdiques par rapport à la mortalité graphique générale : 37,5 par 1000 décès.

Souk Ahras
Ville de 5000 âmes, sur un petit plateau mamelonné, à 700 m d'altitude.
Les cours d'eau sont très abondants ; le climat est des plus salubre.
Souk haras et, après Bougie, la ville la moins touchée par la fièvre typhoïde
Mortalité par rapport à la population (1890 - 1894) : deux à neuf par 10 000 habitants.
Mortalité typhoïdique par rapport à la mortalité générale : 10 pour 1000 décès (après Bougie Et Mustapha).
Cette situation privilégiée tient probablement à l'abondance, la pureté des eaux d'alimentation, et aussi à des conditions cosmiques rapprochant cette ville de France (température peu élevée, humidité peut prononcée)

Site Internet GUELMA-FRANCE