C'est en recherchant des photos de classe de l'école Sévigné que j'ai découvert quelques images qui datent du temps des illusions programmées par nos dirigeants c'est-à-dire : mars 1987.
A cette époque, nous les femmes, étions auréolées de gloires pour services rendus à la lutte contre les " oppressions colonialistes " nous étions invitées aux parades, dépôts de gerbes de fleurs, participations sportives avec quelques bémols qui auraient dus nous ouvrir les yeux , comme :
L'Algérienne d'aujourd'hui doit être prête à tous les sacrifices pour gagner la bataille de la production, à l'instar de son aînée qui, hier encore, en a consenti de plus grands pour l'indépendance de l'Algérie. L'Union Nationale des Femmes Algériennes est le cadre par excellence où la femme, avec une prise en charge adéquate, doit s'épanouir et libérer par la même le potentiel considérable qu'elle représente afin qu'elle participe pleinement à l'édification de l'économie nationale.
Pour démontrer l'évolution de la société algérienne et de la femme algérienne, à l'occasion de la journée Mondiale de la Femme, le 8 mars 1987 à Guelma, pour prouver le modernisme futur de la société, deux femmes avaient été choisies pour le monté du drapeau, une représentante le temps passé vêtue du voile traditionnel de l'Est et d'un voile masquant son visage, l'autre la jeunesse de l'avenir, cheveux courts, sac en bandoulière et jupe au-dessous des genoux.
Avec le temps, la réalité fut autre. Pour prouver que la femme est une bonne musulmane il lui fallait procréer un maximum d'enfants. Peu à peu sa garde-robe se transforma. Le haïk traditionnel disparu au profit de la mode Iranienne, par contre l'homme garda et conserva son costume 'trois pièces' avec cravate.
Dans la wilaya furent organisées des activités sportives et culturelles que je cite ; l'organisation d'une journée d'étude se rapportant à la famille (la femme se devant d'être productive en bébés) tout comme à l'usine.
S'ouvrit alors l'ère de l'espérance et de sorties de terre d'usines " Made In Algérie ". Les chinois nous initièrent à l'art de la porcelaine qui avec le temps devirent de la mauvaise faïence jusqu'à disparaître totalement.
L'usine de cycles, incapable de promouvoir ses bicyclettes elle aussi ferma ses portes. (dans les derniers temps on offrait une machine pour payer l'ouvrière à charge à elle de la vendre….)
Les défilés avec musique en tête s'évanouirent et à ce jour la jeunesse du vingt et unième siècle ignore qu'elle exista.
Aujourd'hui, que sont devenues ces femmes algériennes ? Depuis votre départ elles ont rétrogradé de 50 ans. Celles qui ont la chance d'avoir du travail doivent se plier aux dogmes des religieux.
Les rares touristes ne voient que la carte postale présentée par la ville, en général les monuments à la gloire des moudjahiddines, souvent lourds et sans grâces à la mode russe quoi ! rien d'oriental.
Pour moi, c'est mon avis, je vis dans une ville cimetière, pourquoi ? Il est à croire que l'Algérie avec son indépendance a acquise une fâcheuse tendance à donner à toutes les plaques de rues des noms de morts, il n' y a plus de cigognes, de chardonnerets, de pâquerettes, ou de fleurs des champs ; non, nos rues sont des répertoires mortuaires.
Avez-vous remarqué que toutes les familles vivent en prison, une aliénation certes consentie mais comment faire tant la délinquance est grande, nos fenêtres sont barreaudées, nos portes sont doubles une en bois, l'autre en fer. Nos terrasses protégées comme des bunkers et les jardins des villas ont disparus. Gare aux femmes qui sortent sans le hidjeb elle sera jetée en pâture à la vindicte populaire et la rumeur fera le reste , en réalité ce foulard est devenu le passeport de bonne musulmane, tandis que l'homme algérien est parfait, il est de bonne moralité, sans complexes, c'est donc un bon musulman
Les cinémas absents ; les théâtres patronnés par le politiquement correcte, bref si l'on veut respirer il nous faut aller à Annaba et passer nos vacances en Tunisie.
Bien sûr que nous avons une certaine nostalgie à l'écoute de nos parents et grands parents qui ont connus les français et leur manière de vivre…mais que faire ? S'expatrier comme vous l'avez fait, mais pour aller où ?. Peu à peu nous étouffons, l'axphyxie nous accable, il est vrai que nous sommes en 1429 de l'hégire !
Voilà madame ce que je voulais en peu de mots vous dire pour " illuminer " les photos de mauvaises qualités ci-jointes
Leïla