THAGMATS
FRATERNITE en BERBERE par Samir O.
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 Je vous prie de m'excuser pour le retard de ma réponse, et en ce qui concerne la publication de mon mail sur votre site, j'accepte avec grande joie, cela m'honore de voir mon texte publié sur votre site.

          En ce qui est de Monsieur Marat, son message m'avait profondément ému, il avait même évoqué une personne que j'ai connu à Inkermann, un certain Grain Messaoud, Kabyle de souche comme moi, et issu d'une tribu avoisinant la mienne en Kabylie, les Beni Yenni, la mienne est celles des Ait Ouacif habitant les hauteur du Djuradjura. J'ai même demandé à ma mère des renseignements concernant cet homme dont elle m'a longuement parlé, affirmant que c'était un bel homme très connu dans les milieux européens de l'époque à Inkermann où elle est elle-même née.

          Non seulement je compatis avec votre douleur.(1) et les douleurs que la guerre a imprimé dans votre mémoire, mais je la partage cette douleur, car elle est la mienne aussi

         La guerre d'Algérie est une page sombre de notre Histoire commune, mais elle nous laisse entrevoir l'occasion de repenser notre douleur et en tirer les conclusions conséquentes.

         Surtout que la plaie reste toujours ouverte, pour ne pas dire entretenue par des cercles qui cultivent la haine, une haine qui ne peut aboutir qu'à de la haine.

         Dès ma tendre enfances, j'ai toujours écouter attentivement ma mère raconter les histoires de la guerre dont elle garde le souvenir vivace, pleurant toujours dans le secret et à chaque fin de discussion la mort de son père fusillé par l'armée française, mais étrangement sans jamais éprouver une haine quelconque vers la France.

        Voyez-vous cher frère, moi-même je vis une tragédie familiale dont la guerre est la cause, d'une part, il y a ma mère qui, n'arrive pas en son fond à comprendre la mort de son père qu'on lui a arraché alors qu'elle était petite, un évènement dont elle garde un traumatisme profond qui s'est répercuté néfastement sur son état psychologique avec le temps, je doute même qu'elle soit convaincue que son père soit réellement mort, et c'est grave! Quand on sais qu'elle est née en 1949 et qu'elle n'est plus la petite fille qu'elle était à la mort de son père. Elle se replie sur elle-même à chaque fois qu'on évoque son père, pour ensuite se retirer secrètement et pleurer dans sa chambre telle la petite fille qu'elle fut à l'époque des évènement, c'est un véritable cas psychologique garni d'une tristesse ambiante à vous couper le souffle.

        De l'autre coté, sachez que je veille chaque nuit au chevet de mon père devenu épileptique, faisant toutes les nuits des cauchemars à répétition où il se met à repousser des coups qui viennent de nulle part, c'est sans doute ceux qu'il avait reçu durant sa détention par la DST suite à son arrestation à Paris pour activité politique au sein de la fédération de France du FLN, et ce n'est que maintenant à l'âge de 75 ans, qu'il rumine ses souvenirs de guerre et le supplice que cela lui implique sur le plan psychologique.

         Vous voyez, mon cher frère, pourquoi, je partage votre douleur parce qu'elle est aussi la mienne, et que c'est à nous de relever le défit de la paix et de l'amour, nous nous devons de faire un effort pour hisser nos voix pour exprimer notre espoir de vivre et mourir en paix. Je ne connais d'autres désastres nous ayant blessé que la guerre d'Algérie.

         Notre devoir est d'écrire notre Histoire commune pour qu'elle soit un pont entre les esprits de générations futures qui doivent être protégées contre toutes les dérives sanglantes de la violence et de l'incompréhension.

         Les algériens d'aujourd'hui grandissent au rythme d'une éducation basée sur l'endoctrinement politico-religieux nourri par les islmo-concervateurs au pouvoir, et c'est à contre courant de cet état des faits que beaucoup d'entre nous luttent pour faire revivre l'Algérie d'antan, celle qui se font chaque jour assassiner à coups de politiques absurdes et kafkaïennes.

         La culture est chose bannie chez nous, tous nos élites ont été passées à la lame et au fusil, et nulle lueur d'espoir n'a laissé éclairer les esprits aveuglés de mes compatriotes.

(1) Il s'agit de mon père Edouard Martinez interné dans un hôpital psychiatrique des suites de la guerre d'algérie décédé à Grenoble en 1964 et de ma mère décédée en 1967 dans un hôpital de la Drôme distant de 100 km. Ils sont morts séparément sans jamais se revoir.

         Je vous remercie pour votre message, tout comme je vous informe que ma mère est, elle aussi, native d'Inkerman bien qu'elle soit d'origines kabyles et je pense que vous connaissez bien sa famille portant le nom de Benzegane, autrefois possédant un magasin de vente d'article de ménage sur la grande rue d'Inkerman, elle évoque toujours ses souvenirs d'enfance à Inkerman et je ne manquerai pas de lui parler de vous, et en ce qui est de moi j'habite actuellement dans le canton d'Ammi-Moussa.

        D'autre part, sachez, Monsieur, que tant bien que mal, et bien qu'ils soient rares, ils demeurent tout de mêmes ici en Algérie des gens qui gardent toujours la mémoire vive et ressentent votre douleur, la douleur d'être arraché à son pays natal, à son passé et à ses racines, n'oubliant pas que nombreux parmi, ce qu'on appela entre parenthèses (les expatriés) des gens qui vivaient en Algérie depuis plusieurs générations, voir des dizaines de générations comme c'est le cas pour les familles juives présentes en Algérie depuis plus de 2000 ans.

>         En ce qui me concerne, je n'en veux qu'à la politique coloniale de la France et l'attitude odieuse des autorités algériennes vis-à-vis de ses engagements pris lors des accords d'Evian, n'oubliant pas que les ultra (OAS) et les extrémistes du FLN sont ceux-là même qui sapèrent la paix et aidèrent à l'instauration d'un pouvoir oppressif en lui donnant les raisons de s'auto désigner au beau milieu d'une Algérie en flammes.

>         Je pense surtout à tous ceux qui ont payé de leurs vies cette atroce période meurtrière qu'était la guerre d'algérie, algériens et français sans distinction, tous jetés dans le tourbillon de la guerre et de la violence.

>         PS: Lors de mon prochain passage à Inkerman, je ne manquerai pas de demander des nouvelles de Grain Messaoud et vous les communiquerai sitôt obtenus.

> Recevez mes meilleurs salutations.


         j'ai été très touché par votre lettre, laquelle m'ayant profondément ému, vous avez, en un seul instant de lecture, soulevé en moi, ce que nous appelons nous autres BERBERES, Thagmats (la fraternité), sorte de langage secret qui du fond des cœurs jaillit comme une lueur que nul ténèbres ne peut éteindre ni obscurcir.

        S'agissant de ma requête, sachez que le but même de ma recherche est celui de partir sur les traces de l'une des plus anciennes tribus berbères encore présente en bloc homogène en Afrique du Nord, elle porte le nom de "Beni Ouragh" et se situe dans la commune d'Ammi-Moussa département de Relizane, celle-ci, d'après Ibn Khaldoun, est issue des premières ramifications berbères antques cousine des Touaregs dont le véritable nom est celui de Houara, ancêtre éponymes de ces derniers et vraisemblablement frère d'Ouraghe "Homme jaune".

        Cette tribu sur le territoire de laquelle de nombreux gens de chez nous "les Zouaoua" ou Igaouaouène, de la confédération des Ath Wassif et de Ben Yenni, vinrent s'y installer vers la fin du 19ème siècle, mon grand-père y était déjà présent en 1905.

         Mais le plus important est que cette tribu, bien qu'aujourd'hui totalement arabisée, conserve toujours son tempérament berbère apparent et continue d'exister. Cependant, et en raison de l'importance de l'infiltration arabe dans la régions, la population a perdu tout lien avec son passé, et se croit à tort arabe de pur souche.

        C'est la raison pour laquelle j'ai entrepris depuis longtemps un travail documentaire dans l'espoir de réunir un maximum de preuves tangibles et incontestable pour écrire l'histoire de cette tribu séculaire et reconstituer son histoire fragmentaire et en établir la vérité sur son identité et ensuite, toucher à mon but essentiel qu'est de retrouver un pan de notre histoire perdue, et surtout la faire retrouver à ses bon gens que l'histoire a trahi.

        Concernant les couleurs des drapeaux berbères du temps de Koceila et de Kahina,(1) on se sait pas quels ont été les sigles ni les couleurs de cette période troublée par l'invasion arabe, seules ceux de l'antiquité nous sont parvenu, qui sont essentiellement le vert et le jaune, symboles de nos croyances animistes
"religion naturelle", symboles qui désignes l'olivier, la nature, la fertilité, le sud et le nord, et beaucoup d'autres.

        Notre histoire comme vous l'avez si bien noté est restée prisonnière des clivages politiques d'hier et d'aujourd'hui.

(1) NDLR .Les drapeaux berbères étaient sous Koceila et la Kahina jaune et rouge. Le vert fut imposé lorsque les berbères furent islamisés. (2) Aujourd'hui encore les robes berbères sont faites de bandes rouges et jaunes et vertes


Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE